Guerre en Ukraine : Marioupol, la ville en ruines que la Russie prétend reconstruire

LCI - 20/12
[VIDÉO] - La propagande russe diffuse des images de quartiers reconstruits à Marioupol. Après trois mois de siège et de bombardements, l'armée de Moscou avait pris en mai dernier le contrôle d'une ville en ruines. Sur place, la reconstruction à marche forcée est dénoncée comme un mirage.

La propagande russe diffuse des images de quartiers reconstruits à Marioupol.
Après trois mois de siège et de bombardements, l'armée de Moscou avait pris en mai dernier le contrôle d'une ville en ruines.
Sur place, la reconstruction à marche forcée est dénoncée comme un mirage.

La ville stratégique de Marioupol avait été assiégée dès la première semaine de l'invasion russe, en février dernier. Contrôler ce port sur la mer d'Azov, au sud-est de l'Ukraine, était nécessaire au déploiement des forces de Moscou. Après trois mois de siège, et une résistance acharnée des militaires ukrainiens dans le complexe industriel d'Azovstal, l'armée russe avait pris le contrôle de la ville le 16 mai. Pilonnée sans relâche pendant trois mois, Marioupol, en ruines, avait vu fuir une grande partie de ses plus de 400.000 habitants, privés d'eau et d'électricité, tandis que des milliers d'autres sont morts sur place - 22.000 selon Kiev. 

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Rattachée à la région de Donetsk, que la Russie a officiellement "annexée" en septembre dernier, Marioupol est considérée par Moscou comme une ville russe et subit depuis lors une russification à marche forcée. En parallèle, la propagande du Kremlin vante son projet de développement du port et de la ville, et prétend pouvoir la reconstruire en trois ans. D'après ses projections, Marioupol compterait 350.000 habitants dès 2025, et plus de 450.000 cinq ans plus tard, soit un peu plus qu'avant la guerre. De son côté, Kiev n'a pas renoncé à reprendre la cité portuaire, et prépare même un plan pour la "revitaliser" après la fin de son "occupation".

Question de cadrage

Comme l'explique Benjamin Cruard, dans sa chronique des Matins de LCI que vous pouvez retrouver en tête de cet article, tout est question de cadrage. Les autorités russes ont en effet bâti quelques barres d'immeubles, dont les images sont diffusées inlassablement sur les réseaux sociaux et reprises par les talk-shows de la télévision d'État. 

Des influenceurs acquis à la cause du Kremlin dépeignent même une joie de vivre retrouvée dans la ville depuis l'arrivée des Russes, où tout le monde semble sourire à l'avenir radieux qui l'attend. La youtubeuse hispano-russe Liu Sivaya montre notamment le chantier de reconstruction du théâtre comme un signe de la renaissance idyllique qui attend Marioupol, alors que le bombardement de ce bâtiment, où s'étaient réfugiés des centaines de civils, est considéré comme un "crime de guerre" de l'armée russe par les ONG qui ont enquêté sur les faits.

Pour ceux qui ont gardé des contacts dans la région, c'est un leurre. Plus de 50% des logements de Marioupol ont été détruits par les frappes russes pendant le siège de la ville, selon Kiev, et les infrastructures civiles seraient détruites à près de 90%. Autour de l'îlot en voie de reconstruction dans le centre, où les stigmates de la guerre sont dissimulés par des rideaux de chantier, c'est en fait une ville ravagée qui s'étend à perte de vue. 

À l'approche de Noël, une vidéo circule d'ailleurs sur les réseaux ukrainiens, qui montre une ville illuminée et radieuse se préparant aux fêtes (voir tweet ci-dessus). C'était Marioupol il y a tout juste un an, deux mois avant de plonger dans le cauchemar de la guerre. 

Frédéric Senneville

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