Opposées à la politique de lutte contre le réchauffement climatique, les sphères complotistes aiment pourtant le recyclage. Du Covid-19 à la sobriété énergétique, toutes les crises sont bonnes pour diffuser théories et rumeurs autour du gouvernement, des "élites" et de leurs desseins. Alors, après TousAntiCovid, c'est maintenant Ecowatt qui en fait les frais. Véritable "météo" de la consommation électrique, elle est la nouvelle cible des critiques.
Figure de toutes les contestations, allant du refus de l'Europe à celui du masque en passant par la critique du soutien français à l'Ukraine, Florian Philippot est entré dans la brèche ouverte par la crise énergétique. Et a notamment pris pour cible Ecowatt. Celui qui a échoué à se faire élire en Moselle lors des dernières élections législatives a recommandé à ses 352.600 abonnés de ne pas télécharger cette application. "Ça fait la com' du gouvernement ! Comme TousAntiCovid à l'époque !", a-t-il écrit le 6 décembre à propos de cet outil qui permet de connaître le niveau de consommation électrique des Français en temps réel. L'influenceur politique Alexis Poulin, éditorialiste sur SudRadio, s'est quant à lui attaqué à la plateforme dans une vidéo consacrée au sujet.
Il n'en fallait pas plus pour faire de cet outil la nouvelle cible des complotistes. "TousAntiCovid, Vitemadose, Ecowatt, un code couleur pour vous dire quoi faire, le Français est devenu accro au contrôle social, le régime chinois lui va à merveille", a par exemple ironisé une internaute, quand un autre prévient en lettres majuscules que cette application "est le même piège du gouvernement que TousAntiCovid", en référence à cette application de "contact tracking" déployée pendant l'épidémie de Covid-19. "Ecowatt is the new TousAntiCovid", résume un dernier.
Les deux applications viennent répondre à une situation de crise et sont promues par les membres du gouvernement. Mais la comparaison s'arrête là. La première, arrivée sur les smartphones en juin 2020, a été lancée par l'exécutif afin de freiner l'épidémie de Covid-19. Au contraire, la seconde a été développée par une entreprise privée (à mission de service public), et existait bien avant la crise énergétique. Lancé par RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, en partenariat avec l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (Ademe), l'outil a d'abord été déployé en novembre 2008 en Bretagne et en région Paca, "régions historiquement concernées par la sécurité d’alimentation en électricité", comme le souligne la société sur son site. Depuis novembre 2020, cette "météo de l'électricité" a été étendue à l'ensemble du territoire national.
Des éléments factuels qui importent peu aux amateurs de désinformation. "Ce n'est pas tant les similitudes entre les applications qui intéressent ici, mais celles dans la communication", analyse en effet Thomas Huchon. Journaliste et spécialiste des mouvements conspirationnistes, il estime auprès de TF1info que l'élément identique "est l'apologie d'une application par les membres du gouvernement dans un contexte de crise". Un élément qui a son importance. Car ce nouvel intérêt pour l'application Ecowatt est en réalité symptomatique d'une mécanique bien plus large. Enclenchée depuis plusieurs mois déjà, elle tend, dans les communautés covido-sceptiques, à tenter une transition vers le climato-scepticisme.
Une observation partagée par Tristan Mendès France. Maître de conférences associé à l'Université de Paris, il est sp...
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