Ouvriers du bâtiment, agents de nettoyage, travailleurs agricoles, etc., nombre de salariés ignorent qu’ils sont peut-être exposés à des agents cancérogènes au travail. À travers une approche historique et ethnographique, la sociologue et historienne Anne Marchand retrace le parcours du combattant que constitue la reconnaissance du cancer en maladie professionnelle. Pour avoir accompagné plus de 200 personnes dans cette démarche, elle raconte les vies brisées par le travail.
Les cancers du travail sont en croissance continue et personne n’en parle. En juin 2021, une commission ad hoc a remis au Parlement un rapport sur la sous-déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP) : ce dernier estime entre 52 000 et 82 000 le nombre de nouveaux cas de cancers par an qui seraient d’origine professionnelle. Or, seuls 1 633 cancers ont été officiellement reconnus en maladie professionnelle, cette même année. Ces dernières statistiques issues de la branche AT-MP, les seules disponibles, reflètent une réalité déformée : une partie de la population malade du travail ne sera jamais rendue visible. C’est une épidémie silencieuse. Ce phénomène massif de sous-déclaration pèse aussi sur le budget de l’assurance-maladie (autant de cotisations patronales en moins – NDLR) : nous sommes passés d’une estimation de 300 millions d’euros dans les années 2000 à 1,2 milliard puis ...
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