Le "triptyque infernal" qui plombe l’industrie française

Atlantico - 16/05
Patrick Artus et Marie-Paule Virard publient « La dernière chance du capitalisme » aux éditions Odile Jacob. Le capitalisme néolibéral, dont la nature a beaucoup évolué depuis les années 1980, est en sursis. Perçu comme injuste et inégalitaire, il nourrit colère et rancœurs. Il se révèle inefficace en créant de moins en moins de croissance. Faut-il en finir et changer radicalement de système ? Extrait 2/2.

La situation française mérite que l’on s’y arrête un instant. Dans notre pays, la question des relocalisations industrielles se transforme, de manière récurrente, en bombe sociale et politique car l’industrie et ses salariés ont payé et paient encore un lourd tribut à la désindustrialisation et aux délocalisations. De Whirlpool (Amiens) à Bridgestone (Béthune) en passant par ArcelorMittal (Florange), PSA (Aulnay), Goodyear (Amiens) ou Michelin (Clermont-Ferrand), sans oublier l’arrêt de la production de véhicules Renault à Flins, la saignée est sévère. Depuis 1995, la part des importations françaises de biens manufacturés a doublé tandis que le déficit de la balance commerciale de ces biens dévalait la pente pour dépasser les 80 milliards d’euros en 2020 et que l’emploi industriel perdait un gros quart de ses effectifs avec les conséquences que l’on sait sur les revenus (l’écart de 20 à 25 % entre un emploi qualifié dans l’industrie et un emploi peu qualifié dans les services) et sur la croissance potentielle. Voilà pourquoi, dans l’opinion, la définition d’un nouveau modèle de développement passe notamment par une autre politique industrielle afin de stopper l’hémorragie. Tout le monde rêve de « refaire de la France une grande nation de production industrielle » selon les mots d’Agnès Pannier-Runacher, ministre cha...
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