"En 2022, on approvisionne le régime iranien en armes françaises !" C'est avec ces mots qu'une équipe de LCI a été interpellée ce lundi 28 novembre. Pancarte à la main et colère dans la voix, la jeune femme affirme à notre micro que des munitions françaises étaient utilisées en Iran contre les manifestants qui luttent pour le droit des femmes iraniennes depuis le 16 septembre après la mort de la jeune Mahsa Amini. "Enquêtez, vous verrez", nous lance-t-elle. C'est ce que nous avons fait.
Cette accusation, nous l'avons trouvée également au cœur d'une autre manifestation, à Nice. Mercredi dernier, plusieurs membres de la communauté iranienne vivant sur la Côte d'Azur se sont mobilisés pour dénoncer le rôle d'une entreprise franco-italienne dans la répression. Sauf que sur les réseaux sociaux, les images de munitions postées depuis l'Iran sont rares. D'une part, car les manifestants craignent de ramasser les douilles restées sur le pavé. De l'autre, en raison du verrouillage de l'accès à Internet effectué par le régime iranien depuis le début des contestations. Interrogé sur la source de ces accusations, Mahyar, l'un des initiateurs du sit-in niçois, nous explique avoir vu cette information "sur France 24". Idem du côté du collectif Femme Azadi, dont faisait partie la personne qui nous a interpellés lors de la manifestation parisienne.
Ils font référence à un article publié par la chaîne d'information internationale en continu le 25 novembre. Dans cette enquête, il n'est pas question d'armes, mais de munitions. Le média a en effet analysé plus de 100 photos et vidéos reçues depuis les manifestations en Iran. Et si la "plupart des cartouches de fusil photographiées ont été fabriquées en Iran", les journalistes ont découvert que "13 cartouches récupérées dans huit villes iraniennes différentes" portaient le logo de la marque Cheddite.
Quelques rares clichés identifiés par nos soins sur les réseaux sociaux confirment la présence de ces cartouches en Iran. On en retrouve la trace sur Twitter dès le 29 septembre et sur Instagram le 23 novembre dernier. Dans le premier cas, la marque "Cheddite" est très clairement visible sur le culot métallique de la cartouche. Dans le second, on distingue le logo de l'entreprise, composé d'étoiles et du chiffre 12 inscrit quatre fois.
Rien d'étonnant. Cheddite fabrique des cartouches pour des fusils à pompe. Et c'est justement le type d'armes exploitées par le régime iranien, selon Amnesty International. Depuis plusieurs mois, l'ONG, qui lutte pour la défense des droits de l'Homme, alerte sur le recours par les forces de sécurité iraniennes à "un usage illégal de la force", notamment avec des "fusils de chasse". Tous ces éléments confirment donc que des cartouches franco-italiennes fabriquées pour la chasse ont bien été utilisées par le régime iranien.
Problème : Cheddite est une entreprise franco-italienne de fabrication de douilles et d'amorces pour les cartouches de chasse. Implantée dans la vallée du Rhône, son usine italienne est quant à elle située à Livourne. Or, un embargo européen existe envers l'Iran depuis plus de dix ans. En 2011, le Conseil européen a en effet interdit "la vente directe ou indirecte à l'Iran, ou pour être utilisés dans ce pays ou à son profit" de tout équipement pouvant être "utilisé pour la répression", y compris "les armes et les munitions". Alors, comment expliquer que, malgré l'embargo, ces cartouches se soient retrouvées dans les mains du régime iranien ? "Il est impossible de le savoir", nous répond Patrick Wilcken, chargé des recherches sur le contrôle des armes au sein d'Amnesty International. Interrogées sur la question, ni la branche française ni la branche italienne de Cheddite n'ont répondu à nos sollicitations.
Mais si Patrick Wilcken estime qu'il est "peu probable" que les usines europée...
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