Quels éléments font de l'Afrique un marché prometteur pour le secteur du luxe dans les années à venir ? La question mérite d'être posée alors que ces dernières années, l'enjeu n'est plus seulement de changer la perception et les stéréotypes qui entourent les produits haut de gamme aux racines africaines, mais de voir émerger un réel écosystème avec des marques, des acteurs financiers, des agences de communication et marketing dédiés ainsi que des récits africains comme moteurs de cette transformation. Le terme « potentiel inexploité » est souvent utilisé lorsqu'il s'agit de l'Afrique, et pourtant la réalité et les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'Afrique du Sud est actuellement le plus grand marché du luxe en Afrique, pesant près de 133 millions de dollars, selon Euromonitor International, mais également, si on les met en perspective, le Nigeria, le Kenya, l'Angola, le Ghana, ou encore le Maroc. Des pays déjà attractifs sur le plan économique, avec de fortes croissances ces dix dernières années, et qui se sont ouverts grâce à la hausse des revenus des ménages, l'urbanisation rapide et une classe moyenne en pleine expansion. Reste que le continent est vaste, composé de 54 pays très disparates sur les plans politiques, économiques et sociaux. L'approche des questions liées à la créativité et le niveau de consommation de produits luxueux varient également. Autant de défis qui n'ont pas empêché une prise de conscience croissante globale autour du luxe africain. La demande s'accélère dans tous les secteurs, mode, beauté, accessoires, immobilier, voyage ou hôtellerie. Et, signe d'un vrai changement de paradigme, les consommateurs friands de luxe africain sont partout dans le monde et non plus seulement sur le continent africain ou dans la diaspora. Les marques africaines commencent également à tirer parti de ce nouvel accès au marché mondial. Mais alors comment peuvent-elles bénéficier de la dynamique en cours dans certains marchés locaux africains ? Le marché international constitue-t-il l'unique vecteur du luxe en Afrique ? L'Afrique peut-elle habiller le monde tout en protégeant son mode de fabrication si particulier ? Ramata Diallo, consultante en stratégie marketing et professeure dans le management de la mode, est revenue pour Le Point Afrique sur les enjeux qui caractérisent cette révolution d'un luxe made in Africa en cours. Entretien.
Le Point Afrique : Comment analysez-vous le changement de paradigme vis-à-vis du marché du luxe en Afrique ?
Ramata Diallo : La jeune génération africaine issue de la diaspora et basée sur le continent revendique avec fierté le savoir-faire et l'artisanat africain. Il existe un véritable engouement pour le « Fait en Afrique ». Et dans le même temps, il y a comme une difficulté à parler de luxe africain. Les codes du luxe ayant été établis en Occident par des groupes puissants, qui utilisent habilement toutes les stratégies marketing pour associer leurs marques à une certaine définition du luxe. On se retrouve à chercher la légitimité des marques africaines qui revendiquent leur caractère luxueux. On s'interroge et on remet en question.
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