Abel Ferrara : «Je n’ai pas quitté New York, je m’en suis fait dégager»

Valentin Maniglia - LeQuotidien - 25/11
En bien comme en mal, on a tout dit d’Abel Ferrara. Dans l’artiste cohabitent le génie et la folie...

À l’occasion d’un bref passage dans la capitale, le cinéaste américain Abel Ferrara s’est arrêté à la Cinémathèque pour un hommage. À 71 ans, toujours sans concessions, il livre au Quotidien quelques pensées profondes, drôles et honnêtes sur la réalité du monde et son art.

En bien comme en mal, on a tout dit d’Abel Ferrara. Dans l’artiste cohabitent le génie et la folie, c’est évident. Incapable de rester en place, le monstre sacré – et sacré monstre – du cinéma indépendant et fier de l’être nous accueille au piano, en se lançant dans une reprise en mode requiem de Sunny Afternoon des Kinks.

Il ne joue pas tellement en rythme, chante faux, mais va jusqu’au bout du morceau. Et conclut : «Ouais, bon, ça ne ressemblait pas tellement à Sunny Afternoon…» Plus tard, toujours imprévisible, il refusera de raconter sa rencontre avec Pino Pelosi, jugé en 1976 pour le meurtre de Pier Paolo Pasolini, parce que «ça prendrait trop longtemps à raconter»… Avant de se lever et de rejouer ce moment dans son entièreté !

Humour acerbe et fougue sidérante, le réalisateur de Bad Lieutenant (1992) et The King of New York (1990) – qui ne parle jamais de «ses» films, mais inclut toujours le collectif – semble être toujours resté, dans sa langue, sa voix rocailleuse et son attitude, ce gamin du Bronx, même s’il a élu Rome comme domicile depuis 20 ans déjà. Et vogue au fil de ses pensées…

Quand il ne s’arrête pas pour sonder votre âme, longuement, de ses yeux noirs, ou murmurer ce qui ressemble à des incantations. Le lendemain d’une master class électrique à la Cinémathèque de Luxembourg, le cinéaste livre ses réflexions sur le mal qui ronge le monde réel, qu’il a si magistralement filmé. Avec une honnêteté totale, un soupçon de provo...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...