John le Carré, maître britannique du roman d'espionnage, est décédé, mais son œuvre se poursuit. Par la parution de cet inédit, écrit juste après Une vérité si délicate (2013), travaillé et retravaillé durant des années pour ne quitter qu'à présent son tiroir. Pourquoi ? Parce que, comme on l'apprend en postface de son plus jeune fils, Nick Cornwell, 50 ans, également romancier, le maître aurait eu de quoi s'autoriser un regard critique envers son ancien et vénérable employeur, les services secrets britanniques. Tout n'est pas lisse en effet dans cet opus qui s'ouvre sur l'inauguration d'une librairie à la campagne par le jeune Julian, ex-trader et néo-fricophobe ayant fui la City après avoir amassé une fortune. Comment le paisible Suffolk se transforme-t-il soudain en dangereux nids d'espions ? Grâce au talent – intact au-delà de la mort – de John le Carré pour rouvrir les dossiers plus vrais que nature du renseignement internationnal.
L'Espion qui aimait les livres, de John le Carré. Traduit de l'anglais par Isabelle Perrin (Seuil, 240 p., 22 €).L'extrait qui tue: À 10 heures du matin, malgré l'orage qui s'abattait sur South Audley Street, dans le quartier du West End à Londres, une jeune femme portant un anorak trop large et une écharpe en laine remontée haut sur la nuque marchait d'un pas résolu. Elle s'appelait Lily et se trouvait dans un état d'anxiété qui virait parfois à l'indignation. D'une main gantée, elle se protégeait les yeux pour scruter d'un regard noir le numéro des bâtiments, et, de l'autre, elle manœuvrait une poussette équipée d'une capote en plastique dans...
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