Elle nous appelle depuis sa voiture, au retour du château de Dammarie-les-Lys. Adeline Toniutti, la professeure de chant à la chevelure de feu, aborde les dernières heures de la "Star Academy" 2022 avec le même enthousiasme qu’il y a six semaines. L’ambiance entre les quatre finalistes, Léa, Anisha, Louis et Enola ? "Je les trouve prêts à en découdre en finale et en même temps impatients de revoir leur famille. Et ils se chamaillent quand même pas mal !", s’amuse celle qui a séduit les téléspectateurs par son mélange d’empathie et d’exigence tout au long de l’aventure.
Derrière son énergie irrépressible, celle qui succède à la légendaire Armande Altaï dissimule un drame terrible, qui a failli lui coûter sa carrière. En 2014, à l’âge de 26 ans, cette chanteuse lyrique de formation a perdu sa voix suite à un feu de cheminée qui lui a brûlé les cordes vocales. Après une longue période de rééducation, elle a retrouvé l’usage de la parole et décidé de mettre son talent au service des autres. Un parcours qu’elle racontera en musique à partir de février prochain sur la scène du Théâtre de la Gaité Montparnasse.
Cette saison de "Star Academy" n’aura duré que six semaines. Auriez-vous aimé avoir quelques jours de plus avec vos élèves ?
C’est court pour vous, mais pour nous c’est hyper intense ! On en parlait encore ce matin avec les autres profs : on a vraiment chargé l’emploi du temps des élèves pour qu’ils progressent vite. Si on avait eu 12 semaines, on aurait géré les choses différemment. Là, c’est vrai qu’on les aime beaucoup et qu’on aurait eu envie de leur donner encore plus. C’est un crève-cœur que ça s'arrête déjà.
Comment pourriez-vous, en quelques mots, définir cette promotion 2022 ?
Je dirais que ce sont des jeunes gens passionnés mais qu’ils sont souples. Ils sont réceptifs à l’apprentissage, ce qui n’est pas le cas toujours des élèves dans la vie. Même s’ils sont apeurés ou qu’ils ont chacun leurs traumatismes personnels, j’ai vu qu’ils essayaient de se dépasser. Ils ne sont pas restés dans leurs habitudes vocales ou dans leurs acquis. Ils étaient en demande et ça c’était très agréable. J’ai aussi remarqué qu’ils venaient tous d’horizons différents, de cultures, de religions et de couches sociales différentes. Et pour moi, c’était très intéressant.
Qu’est-ce qui vous a le plus surprise chez eux ?
Dans mon domaine, la voix, je dirais à quel point ils ne se rendaient pas compte qu’il faut faire travailler tout son corps pour émettre un son. Ils ne réalisaient pas l’importance aussi bien des abdos que du psychisme, toute l’énergie qu’il faut mettre pour chanter. Ils chantonnaient un peu en arrivant et là je trouve qu’ils ont pris une vraie dimension par rapport à la scène.
La société a évolué et la nouvelle génération n’acceptera pas la tyrannie dans les cours ou le fait qu’on lui manque de respect
Adeline Toniutti
Au cours de la saison, la prof d’expression scénique Laure Balon a été critiquée parce qu’elle pouvait être dure durant ses débriefs, avec Julien notamment. Avez-vous le sentiment que le rapport prof-élèves a évolué, qu’on ne peut plus enseigner comme il y a dix ou quinze ans avec la même sévérité ?
Je n’ai pas connu l’espèce de tyrannie que Laure a pu connaître dans les milieux classiques. Vous savez, elle me disait qu’il lui arrivait de se faire frapper au niveau des chevilles ! Moi, ça ne m’est jamais arrivé mais je suis déjà sortie d'un cours de chant complètement défaite moralement. Même si ça nous a forgé, je ne soutiens pas ça. Je pense qu’on peut apprendre en bonne intelligence. De l’intelligence humaine et émotionnelle. C’est vrai que ce métier est difficile et que nos élèves à la Star Ac sont dans un cocon, très protégés d’une certaine manière. Julien ne savait d’ailleurs pas que ses problèmes avec Laure avaient généré autant de cinéma dans les médias ! Mais c’est vrai que la société a évolué et que la nouvelle génération n’acceptera pas la tyrannie dans les cours ou le fait qu’on lui manque de respect. Moi, ça ne me pose pas de problème. Le problème viendrait si les élèves ne parvenaient plus à progresser parce qu’on ne serait pas assez durs avec eux.
À l’époque de Jenifer ou Nolwenn, tout le monde scrutait leurs premiers pas après la Star Ac. Aujourd’hui il y a encore plus de concurrence, des talents venant d’autres émissions à ceux qui se font tout seuls sur TikTok. Est-ce que l’après ne va pas être encore plus dur pour le futur vainqueur ?
La concurrence est toujours rude dans ce métier. Il faut tenir la cadence aussi bien physiquement que mentalement. Ensuit...
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