Loïk Le Floch-Prigent : « Chacun a connu un Mitterrand différent, le mien était libre et aimait les gens libres »

Atlantico - 10/05
A l'occasion des 40 ans du 10 mai 1981, Loïk Le Floch-Prigent revient sur l'élection de François Mitterrand et sur ses quatorze ans de présidence.

Le soir devant la télévision, nous guettions le visage qui allait s’incruster sur l’écran dès le scrutin clos, nous avions connu tant de déceptions, surtout les élections législatives précédentes de 1978 où nous avions frôlé la victoire. Ce fut l’explosion de joie, François Mitterrand était sur l’écran et nous, nous étions déjà partis pour crier à la Bastille avec toute une partie du peuple de Paris. Pour ma génération ce 10 Mai 1981 c’était d’abord la victoire de l’alternance, c’est-à-dire la possibilité de réussir sans se soumettre à un régime politique devenu pesant à force d’entre soi. Plus on approchait les centres de pouvoir, plus il apparaissait qu’il fallait se conformer à une pensée unique déterminée par l’élection présidentielle et que l’expression de doutes ou d’opinions conduisait directement à la mise à l’écart. L’alternance c’était une liberté nouvelle de penser, de s’exprimer tout en restant fréquentable, et tous ceux qui chantaient, dansaient et buvaient sur la place et ses abords avaient en eux cette espérance d’un renouveau. Quarante ans après, je regarde mon pays qui se prépare dans un an à une nouvelle élection Présidentielle, et je ne retrouve pas dans la jeunesse d’aujourd’hui ce regard de confiance dans un avenir radieux, cette passion de vivre, de construire, d’aller de l’avant, ce souffle d’une liberté à conquérir tous les jours. Pour les vieux Schnocks c’était toujours mieux avant, mais ceux qui ont vécu comme moi avec émotion ce 10 Mai 1981, même en ayant pris quarante ans de plus, c’est toujours demain que le ciel sera plus bleu, que la nature sera belle, joli mois de Mai pour toujours dans nos cœurs ! Le...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...