Interdire aux femmes d'avorter coûte très cher à la société

Hélène Bourelle - Slate FR - 16/11
Les études le montrent: le droit à l'avortement ouvert à toutes les personnes en capacité de procréer est une composante essentielle de la construction de sociétés égalitaires et durables.

«Un enfant si je veux, quand je veux», disait le slogan féministe des années 1970. Malheureusement, aujourd'hui encore, rien ne semble gagné. Dans le monde, le droit à l'IVG reste soumis au bon vouloir des autorités, comme l'ont montré les États-Unis, où il a été révoqué à l'échelle fédérale par la très conservatrice Cour suprême.

En Europe également, les temps sont durs pour les droits des femmes: en Pologne, l'IVG est devenue quasiment illégale en 2020; à Malte, elle est fermement interdite; et en Hongrie, le gouvernement ultraconservateur de Viktor Orbán vient d'en restreindre encore plus fermement l'accès.

«En matière d'avortement, rien n'est jamais acquis»

En France, où 223.000 interruptions volontaires de grossesse ont été enregistrées en 2021, l'actuelle législation semble plutôt aller dans le sens d'un renforcement de l'accès à l'IVG.

Malgré tout, l'importante présence des différents mouvements pro-vie dans l'espace public et la sphère numérique nous rappelle que beaucoup sont opposés à ce que les femmes puissent disposer librement de leur corps. La docteure Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne, peut en témoigner.

Pour elle qui a créé en 2016 la Maison des femmes de Saint-Denis, où sont réalisées chaque jour des IVG, difficile de ne pas remarquer un recul de la pensée en matière d'avortement: «Trente ans en arrière, on célébrait encore cette avancée sociétale. Aujourd'hui, les crispations identitaires et l'omniprésence pernicieuse des lobbies anti-avortement, très riches et puissants, font que beaucoup d'individus, femmes comprises, sont opposés au droit à l'IVG. Il faut rester méfiant, car en matière d'avortement, rien n'est jamais acquis.»

Ce retour en arrière idéologique met en péril le droit pourtant central à la consolidation de mondes plus justes et désirables. Car outre le fait qu'il paraît intolérable en 2022 d'empêcher les femmes de choisir de manière libre et éclairée ce qui est le mieux pour elles, leur interdire d'avorter coûte très cher aux sociétés sur le plan humain, social, financier et écologique.

Des femmes avortent toujours au prix de leur vie

«Partout dans le monde, c'est encore aux femmes d'assumer majoritairement le travail contraceptif et la charge mentale du contrôle des naissances. De plus, aucune contraception n'est sûre à 100%», note Marie Mathieu, sociologue spécialiste de l'avortement. En effet, quelle que soit la contraception choisie, celle-ci ne constitue jamais un rempart entièrement fiable contre les grossesses non désirées.

«Par ailleurs, si le nombre de grossesses non désirées a diminué du fait de l'évolution de la couverture contraceptive en ...
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