Enquête. 470 000 démissions de CDI en 3 mois : pourquoi ils plaquent tout

Humanite - 27/10
Enquête Entre la fin 2021 et début 2022, près de 520 000 salariés ont démissionné chaque trimestre, un niveau historiquement haut. L’effet conjoncturel lié à la reprise économique n’explique pas seul ce mouvement de fond, inscrit dans la recherche d’un autre rapport au travail, en particulier chez les jeunes générations. Esquisse des enjeux en cinq portraits.

Prendre la tangente : telle semble être désormais l’inclination des salariés français. Le mouvement n’est pas nouveau : les statistiques avaient déjà mis en évidence, au sortir de la crise financière globale de 2008, un pic de démissions.

Mais il semble s’accélérer, porté par la quête de nouveaux horizons, d’un autre rapport au travail, touchant toutes les branches, toutes les catégories socioprofessionnelles, le public comme le privé, et toutes les tranches d’âge, même si les plus jeunes sont plus prompts à claquer la porte d’un emploi dont ils sont las, avec lequel ils ne se sentent pas en harmonie, ou dont le salaire, les conditions de travail ne leur conviennent plus.

Les effets « dynamiques » de la reprise économique

Fin 2021 et début 2022, confirme une récente étude de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), le nombre de démissions a atteint un niveau historiquement haut, avec près de 520 000 démissions par trimestre, dont 470 000 démissions de CDI.

« Le risque d’une “grande démission” est désormais évoqué en France, faisant référence à une expression décrivant la situation du marché du travail américain courant 2021 : à la suite des premières vagues de la crise du Covid, le nombre de travailleurs quittant volontairement leur poste a nettement augmenté aux États-Unis », souligne cette étude.

Le gouvernement balaie cette hypothèse d’un revers de main, préférant souligner les effets « dynamiques » de la reprise économique sur le marché du travail. « Foutaises ! Il n’y a pas de grande démission, ça n’existe pas ! » s’agaçait le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, le 30 août, devant l’université d’été du Medef.

Tout en reconnaissant du bout des lèvres l’exaspération de salariés lessivés par la « modération salariale », les horaires discontinus ou décalés dans certains secteurs, les intenables exigences patronales : « Il faut répondre à ces attentes en matière d’organisation du travail, de respect de la vie privée. Un jeune de 20 ans à qui on demande de travailler tous les jours pour faire le service de midi à 15 heures dans un restaurant, et de revenir à 18 heures pour le service du soir, et de travailler le samedi soir, il dit “je n’en peux plus”, il a raison. »

« Je me pliais en quatre, sans aucun avantage. Désormais, je vois grandir mes enfants. » Typhaine, 31 ans, coiffeuse à domicile. © Angéline Desdevises

Plus lucide, le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, admettait le 4 juin dans les colonnes du magazine « Challenges » que « les Français n’ont plus le même rapport au travail depuis la pandémie ». Pour Typhaine, 31 ans, mère de deux enfants en bas âge, cette pandémie fut en effet le déclic d’un changement de vie. Coiffeuse, elle a travaillé dans le même salon pendant une dizaine d’années, renonçant à ses samedis, accumulant les responsabilités, pour à peine plus de 1 300 euros par mois.

Changement de travail, changement de vie

Sa patronne ne tarissait pas de compliments sur son travail, son engagement… tout en classant invariablement sans suite ses demandes d’augmentation de salaire. Dans cette morne routine professionnelle, le confinement a marqué pour elle un basculement : « Nous avons enfin passé du temps en famille, cela m’a poussée à me recentrer sur l’essentiel. Au travail, je me pliais en quatre, sans en tirer le moindre avantage. » Elle demande alors une rupture conventionnelle, refusée ; son employeuse lui pr...
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