Pourquoi les transports publics franciliens déraillent : enquête à la RATP

Humanite - 26/10
Dans la perspective de l’ouverture à la concurrence en 2025, les salariés voient leurs acquis sociaux démantelés, leurs rémunérations comprimées, leur temps de travail s’allonger. Une dégradation à l’origine d’une hémorragie d’effectifs qui détériore le service. Et Jean Castex, le probable nouveau patron de la RATP, semble bien mal placé pour rompre avec les dogmes qui ont semé le chaos dans les transports en Ile-de-France. Enquête 

Il est 19 h 30, une longue journée de travail s’achève. D’un pas las, cadres et employés se dirigent vers la bouche de métro ; ils s’arrêtent net. Un nouvel incident est survenu sur la ligne 13, le flot humain remontant des quais se déverse vers les arrêts de bus les plus proches. Un véhicule arrive, il est déjà bondé, impossible d’y monter. Les esprits s’échauffent, la foule entrave la circulation, des agents de police surgissent, suivis par les hommes en uniforme de la Sûreté RATP, pour disperser les voyageurs en colère.

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Ouverture à la concurrence de la RATP : « Nous voulons éviter un scénario à la France Télécom »

Le « tournant » de cette dernière année

Scène banale du cauchemar quotidien des transports publics en petite couronne parisienne, aux heures de pointe, depuis cet été. Conducteur de bus rattaché à un dépôt voisin, John témoigne du désarroi qu’il ressent, à voir le service se dégrader ainsi. « Pour nous, ce genre de situation, c’est l’horreur. Nous devons faire face à des voyageurs excédés, sans pouvoir répondre à leurs demandes, faute de machinistes en nombre suffisant. Dans ces cas-là, il faudrait envoyer des bus supplémentaires, mais la RATP n’est plus en mesure d’organiser de tels services spéciaux au pied levé », résume-t-il.

Nous devons faire face à des voyageurs excédés, sans pouvoir répondre à leurs demandes, faute de machinistes en nombre suffisant. John, conduteur de bus

Entré à la RATP voilà quinze ans, il a vu les conditions de travail se détériorer lentement mais sûrement. Jusqu’au « tournant » de cette dernière année, avec le déploiement anticipé, depuis le mois d’août, du Cadre social territorialisé devant aligner la RATP sur les opérateurs auxquels sa filiale privée, RATP Cap Île-de-France, devra disputer les marchés sur le réseau de surface démantelé en « lots » en vue de l’ouverture à la concurrence, au 1er janvier 2025.

La direction passe en force

Conséquence, pour les conducteurs de bus, soumis à une exigence de productivité grandissante : une heure de travail supplémentaire par jour sans compensation financière ; la suppression de la prime de 12 euros et des vingt minutes abondant le compte de temps supplémentaire en cas de services en deux vacations désormais étendus au week-end et portant jusqu’à treize heures l’amplitude des journées de travail, avec de longues heures passées dans les dépôts faute de pouvoir rentrer chez soi : des primes passées à la trappe sur de maigres rémunérations ; la perspective de perdre à l’année six jours de repos.

Dans le brouillard sur l’avenir et les conditions de reprise des lignes par d’éventuels concurrents après 2025, ce basculement n’a pas été ratifié par les syndicats. Ce qui n’a pas empêché la direction de passer en force, sauf, pour l’heure, sur la suppression des jours de repos, disposition conditionnée à la conclusion d’un accord d’entreprise.

Ce bouleversement intervient dans un contexte où les agents, toutes catégories confondues, craquent. Les statistiques internes à l’entreprise, que l’Humanité a pu consulter, sont éloquentes. Alors que le nombre d’embauches de personnels exploitants et commerciaux sous statut ou en CDI s’est effondré, pass...
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