Son ascension aura été fulgurante. Élu pour la première fois au Parlement en 2015, Rishi Sunak accède sept ans plus tard à la plus haute fonction exécutive du pays, à seulement 42 ans : Premier ministre. Le jeune homme pressé est passé auparavant par la Banque Goldman Sachs, puis par divers fonds d'investissement. Formé dans les collèges privés britanniques les plus prestigieux, il avait poursuivi sa formation à Oxford, puis à l'université californienne de Stanford, où il a rencontré sa richissime épouse, héritière du fondateur du géant indien de l'informatique Infosys.
Premier non-blanc et non-chrétien à accéder au poste de Premier ministre, issu de la communauté hindoue, Rishi Sunak symbolise-t-il la réussite du modèle multiculturel britannique ? Vincent Latour, professeur des Universités en civilisation britannique, nous aide à comprendre ce qui a permis l'ascension d'un tel profil.
Rishi Sunak est le fils d'un médecin généraliste et d'une pharmacienne, tous deux d'origine indienne, qui avaient immigré dans les années 1960 au Royaume-Uni. Eux-mêmes étaient nés en Afrique de l'Est, respectivement au Kenya et dans l'actuelle Tanzanie, où leurs propres parents, originaires de la province indienne du Pendjab, s'étaient installés dans les années 1930. Contrairement au maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, né dans une famille ouvrière d'origine pakistanaise, Sunak a grandi dans un milieu plus favorisé, qui a eu les moyens de l'envoyer dans certaines des écoles privées les plus prestigieuses de Grande-Bretagne.
"Les familles hindoues d'Afrique de l'Est", explique le professeur Latour, dont faisaient partie les parents de Rishi Sunak, "occupaient une position intermédiaire entre les rares colons britanniques sur place, et la population africaine. C'est une communauté qui était déjà dans une sphère relativement élevée, lorsqu'ils ont été expulsés de ces pays d'Afrique dans les années 1960-70, et qui a globalement bien réussi au Royaume-Uni par la suite".
Le parcours scolaire du futur Premier ministre est d'ailleurs assez typique "de la bourgeoisie britannique, voire spécifiquement anglaise", souligne Vincent Latour : écoles privées huppées, puis études supérieures à Oxford, et enfin un MBA à l'université californienne de Stanford- sans lui retirer l'excellence de son parcours scolaire personnel, puisqu'il a été parmi les meilleurs partout où il est passé. "Le milieu hindou a toujours mis l'accent sur l'éducation, les familles font leur maximum pour que leurs enfants soient inscrits dans les meilleures écoles", même si toutes n'y parviennent pas.
Le parcours fulgurant de Rishi Sunak, passé en sept ans d'un premier mandat de député à Premier ministre, laisse pantois. Membre du gouvernement de Theresa May trois ans seulement après sa première victoire électorale en 2015, il est ensuite n°2 du Trésor, puis ministre des Finances en 2020, sous Boris Johnson. Une trajectoire qui tient aux qualités de l'homme, tenu pour être un bourreau de travail, ainsi qu'aux circonstances de son ascension entre Brexit et pandémie. Mais elle procède également de la profonde mutation du parti conservateur, amorcée depuis une vingtaine d'années.
C'est en 2002, explique notre spécialiste, que Theresa May avait qualifié son propre camp de "nasty party", le "parti des méchants", à cause de son incapacité à faire une place aux minorités. Depuis lors, les conservateurs se sont largeme...
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