Un procédé des plus improbables. Des agents du renseignement russe (notamment du SVR, issu de l’ex-KGB) approchent, relativement régulièrement, des cibles en France via des plateformes comme Leboncoin, révèle vendredi Le Monde. Le quotidien prend l'exemple de Valentin Vladimirovitch Zakharov, un espion qui s'est fait passer pour un consultant tchèque soucieux de prendre des cours de mathématiques auprès d'un jeune ingénieur. "Les leçons se déroulaient une fois toutes les trois semaines lors de dîners au restaurant dont la date et le lieu étaient, à chaque fois, fixés à la fin du cours. L’addition était réglée en espèces", indique-t-il.
En réalité, chargé des questions scientifiques et technologiques à la mission économique de son ambassade à Paris, "il a été expulsé après avoir été pris en flagrant délit, alors qu’il remettait de l’argent liquide" au jeune homme. Le tout, en échange "des documents d’analyse sur des technologies de pointe".
Ce cas est révélateur d'une pratique systémique. "Une douzaine d’approches de ressortissants français sur des sites type Leboncoin.fr par des officiers traitants du SVR" ont été découvertes ces dernières années, confirme une source du ministère de l’Intérieur. La plupart du temps, les officiers ciblent des "profils tendres mais à haut potentiel", soit des étudiants ou des jeunes diplômés, dans des secteurs comme la politique intérieure ou les innovations technologiques. Le pari est triple auprès des personnes approchées : tenter d'accéder à des documents confidentiels en profitant de leur inexpérience, espérer qu'elles accèdent rapidement à des postes de responsabilité et accéder à leur cercle professionnel et personnel.
Les techniques de surveillance empêchent les officiers de travailler comme ils le faisaient il y a trente ans
Vincent Crouzet
"Ce n'est pas du tout idiot", réagit sur LCI Vincent Crouzet, ancien collaborateur de la DGSE. "Utiliser une plateforme populaire et insoupçonnable, avec des moyens non sophistiqués, est un moyen intéressant pour approcher des sources, d'abord inconscientes", explique-t-il. En l'occurrence, "Leboncoin c'est très malin", assure-t-il. "Les grands classiques du métier (d'espion, ndlr) ont changé. Les techniques de surveillance, développées à travers des outils très perfectionnés, empêchent les officiers de travailler comme ils le faisaient il y a trente ans", souligne l'ancien membre des renseignements français.
Occasionnellement, la collaboration va plus loin. Certaines personnes, de leur plein gré, choisissent de fournir des documents sensibles moyennant rémunération. Ces notes s'élèvent généralement à 200 ou 300 €.
Les autorités françaises, affirme Le Monde, estiment à près de 75 le nombre d’agents secrets russes agissant sous fausse qualité diplomatique. Ce statut leur permet de bénéficier de l’immunité en cas d'arrestation.
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