À un mois de son démarrage, un Mondial de football n’aura jamais été si critiqué. Accusé d'avoir bafoué les droits des travailleurs migrants pour construire ses stades et ses installations, le Qatar accueillera, du 20 novembre au 18 décembre, la Coupe du monde de football 2022. Mais pour qu'elle puisse prendre forme dans le désert qatari, la compétition a été reportée et les stades ont été climatisés. Cette dernière critique, qui questionne sur les conséquences environnementales d’un tel événement, a été reprise de nombreuses fois dans le débat public.
Et sur les réseaux sociaux, il ne suffit pas de longtemps pour tomber sur des messages d’indignation. Climatiser des stades à ciel ouvert en plein désert : la mesure choque l’opinion à qui on demande, notamment en France, de maintenir le chauffage à 19 °C et d’appliquer une certaine sobriété. Pour accueillir la Coupe du monde, le Qatar a construit ou rénové huit stades au total. Sept de ces huit stades sont équipés de la climatisation, selon le Comité suprême pour la livraison et l’héritage, organisme en charge de superviser la compétition dans le pays. Le seul non climatisé, le stade 974, est fait de conteneurs et destiné à être démonté après l’événement.
En réalité, le Qatar n’a pas ou a peu communiqué sur la climatisation de ses stades. Le sujet est sensible pour un Émirat avec un lourd bilan carbone, qui cherche à verdir son image à l'occasion de ce Mondial. Joint, le Comité suprême nous a fourni des précisions sur les systèmes installés dans ces stades. D’abord, chaque climatisation fonctionne différemment selon l’infrastructure. "Le stade Khalifa utilise de l’air frais qu’il renvoie vers les supporters et joueurs", tandis que "le stade Al Janoub utilise une technique de circulation visant à refroidir l’air à nouveau et le faire circuler à travers des buses situées sur les côtés du terrain et sous chaque siège", d’après une fiche technique du Comité, que nous avons pu consulter.
Prenons exemple sur le stade Al Janoub, à Doha, qui accueillera le premier match des Bleus et d'une capacité de 40.000 personnes. La BBC Afrique s’est largement penchée sur le dispositif installé et pensé par un ingénieur, le docteur Saud Abdulaziz Abdul Ghani. À partir d’animations, elle montre comment l’air chaud va circuler sous le stade, via des tuyaux remplis d’eau glacée, et former une couche d'air à l'intérieur. L’ensemble du système de refroidissement de l'eau, lui, se situe 80 km plus loin, dans une centrale solaire tout juste construite.
Dans les tribunes, l’air arrivera par des bouches d’aération installées sous chaque siège et sur le terrain, de l’air froid sera introduit par de grandes buses. La température sera comprise entre 18 °C et 24 °C et l’air froid maintenu à deux mètres du sol, explique le docteur Saud Abdulaziz Abdul Ghani, aussi surnommé "Dr Cool", dans une vidéo promotionnelle sur YouTube. L’ingénieur y vante les mérites de son système, destiné à être un "héritage" pour le Qatar et réutilisé une fois la compétition finie.
Alors, quand la climatisation est-elle censée fonctionner ? A priori jamais, assure le Comité suprême : "La climatisation ne sera pas activée puisque les mois de novembre et décembre au Qatar correspondent à la période hivernale. La température y est donc douce". Si l’objectif des Qataris est de se passer de climatisation, pas sûr pour autant qu'ils y parviennent. Christophe Abel, journaliste Sports à TF1 passé par Téléfoot...
[Courte citation de 8% de l'article original]