La "raspoutitsa", saison 2. Près de huit mois après le début du conflit en Ukraine, ce phénomène météorologique qui avait déjà impacté le moral des troupes au printemps dernier est de retour sur le front. À la faveur de l'automne, la saison des pluies est en effet de retour, compliquant les déplacements des deux camps.
Depuis l'arrivée du mois d'octobre, des vidéos relayées sur les réseaux sociaux illustrent l'ampleur des intempéries. On y voit des lance-roquettes MLRS friser l'embourbement dans les rangs ukrainiens, où des chars progressent avec difficultés au beau milieu d'un champ.
Si la "raspoutitsa" risque de freiner la contre-offensive ukrainienne dans l'est du pays, son arrivée est tout sauf une surprise. Ce terme russe qui signifie "le temps des mauvaises routes", est une réalité bien connue dans le pays, mais aussi en Russie et au Bélarus où les fortes pluies de l'automne se traduisent par plusieurs semaines de gadoue. C'est le cas deux fois par an, la première vague étant celle du printemps, quand les neiges fondent.
Le phénomène est bien connu dans les livres d'Histoire militaire : les troupes de Napoléon en ont fait la pénible expérience, retardées lors de leur retraite de Russie fin 1812 au point d'être rattrapées par les rigueurs de l'hiver. Sur le front est, pendant la Deuxième Guerre mondiale, "si les grandes opérations mécanisées étaient presque complètement arrêtées pendant les grandes pluies d'automne ou lors des dégels du printemps à cause de la célèbre raspoutitsa, la boue des plaines russes, elles reprenaient en hiver, lorsque les sols avaient à nouveau durci", expliquait l'historien Laurent Henninger dans la revue Défense nationale en 2015.
"C'est avec l'arrivée de l'hiver 1941 que Hitler put lancer sa grande offensive – ratée – destinée à prendre Moscou", soulignait-il dans un article au sujet de l'impact du facteur climatique sur la guerre. Dans le sens inverse, la raspoutitsa a freiné la contre-offensive soviétique en 1943.
Des décennies plus tard, si les progrès techniques permettent désormais aux belligérants de s'affronter avec des drones militaires et autres "munitions intelligentes", la météo demeure un facteur crucial. La raspoutitsa, "rendant les sols boueux, canalise les opérations sur le bitume des routes et des rues", avait relevé en mars dernier l'historien militaire Michel Goya dans la revue Le Grand Continent. Une configuration qui contraint les forces d'invasion à progresser en colonnes sur les axes routiers, plus exposées aux problèmes logistiques ou aux attaques.
"La boue complique la situation du camp qui doit bouger (avancer ou se replier), et surtout s’il a déjà des difficultés logistiques", a pour sa part relevé Cédric Mas, historien militaire. Et de préciser sur Twitter : "Gageons que dans chaque état-major on scrute avec anxiété le baromètre".
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