Le mouvement social dure et pèse sur le quotidien des Français. Entre les files d'attente interminables pour arriver à la pompe, les stations-service vidées à sec et des secteurs d'activité entier à l'arrêt, la colère se fait de plus en plus forte au sein de la population. Dernière cible de certains mécontents : les grévistes eux-mêmes. D'abord accusés de trop gagner, ils sont maintenant pointés du doigt pour leur illégitimité. "Les 150 personnes des raffineries prennent les Français en otage", a ainsi dénoncé ce dimanche 16 octobre Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef.
Une critique qui fait écho à des murmures entendus dans les files d'attente des stations-service ou ce qu'on peut lire sur les réseaux sociaux. "150 salariés qui prennent en otage tout un pays ! C'est un problème", s'exclame un internaute, quand un autre s'étonne qu'une centaine de salariés puissent "bloquer des millions de citoyens dans leur vie quotidienne". Nous avons donc souhaité en savoir plus.
Auprès de TF1info, la direction de TotalEnergies indique que ce lundi 17 octobre, l'entreprise comptait "90 grévistes exactement" répartis sur six sites à l'arrêt. À savoir les trois raffineries de Normandie, de Donges et de Feyzin, les deux bioraffineries de La Mède et de Grandpuits, et enfin, le dépôt des Flandres, à Dunkerque. Ce qui représente moins de 3% de l'ensemble des 3400 "personnes en CDI" sur ces sites.
Interrogées sur ces chiffres, les différentes branches locales de la CGT n'étaient pas revenues vers nous dans l'immédiat ou étaient injoignables. Quant au groupe Groupe Esso-ExxonMobil, la grève y a été levée. La semaine dernière, le site de Fosses-sur-Mer comptait entre 11 et 13 grévistes, et celui de Gravenchon-Port-Jérôme, en Normandie, environ 45.
Alors comment se fait-il que, ce matin encore, la CGT se réjouissait de cette mobilisation qui touche "entre 60% et 80%" du personnel des raffineries ? Interrogé sur la question, le syndicat n'a pas répondu à nos sollicitations. Mais sur Franceinfo ce matin, la secrétaire confédérale de la CGT, Catherine Perret, a précisé qu'il s'agissait des seuls "salariés qui font tourner les raffineries". Or, le chiffre communiqué par la direction comptabilise l'ensemble des personnes qui travaillent sur les sites.
Comme l'a souligné sur notre antenne Vincent Gautheron, membre de la commission exécutive confédérale de la CGT, "l'entité TotalEnergies n'est pas une et unique" et "chaque raffinerie est une entité bien particulière". Reste donc à savoir combien d'opérateurs sont en activité sur les seuls sites en grève. Encore une fois, il était impossible d'avoir cette donnée au niveau du syndicat. Quant au géant pétrolier, il précise que le groupe compte en tout 2053 opérateurs de raffinerie dispersés sur ses sept sites qui fabriquent du carburant.
À noter enfin que c'est l'organisation même des raffineries qui complique le décompte du nombre de grévistes. Avec un travail continu réparti en quatre tranches de huit heures – ce qu'on appelle les "Quatre Huit" – les grévistes peuvent se déclarer à quatre instants différents de la journée. S'il y avait 90 grévistes au moment de la prise de poste ce matin, ce chiffre ne représente pas une moyenne sur l'ensemble d'un cycle de 24 heures.
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