L'actualité est dominée par le conflit en Ukraine, mais les questions relatives au Covid continuent de susciter des débats intenses. On l'a encore observé ces derniers jours sur les réseaux sociaux, à la suite d'une audition devant les instances européennes de représentants de l'industrie pharmaceutique.
"Janine Small, présidente chez Pfizer, vient d'avouer que leur vaccin n'avait jamais été testé sur la transmission du Covid", peut-on lire. Ainsi, "les pass sanitaires n'ont jamais eu aucune base scientifique", assurent les militants opposés aux mesures mises en place par les gouvernements pour lutter contre l'épidémie. Il s'agirait d'un "nouveau scandale", si l'on en croit le député Nicolas Dupont-Aignan. Si la séquence partagée en ligne est authentique et récente, l'analyse qui en est faite se révèle biaisée et trompeuse.
La vidéo qui s'est propagée sur les réseaux sociaux date d'il y a quelques jours seulement. Le 10 octobre, des représentants de l’industrie pharmaceutique étaient invités à venir échanger avec les eurodéputés à Bruxelles. Leur point commun : avoir "travaillé sur le développement de vaccins et de thérapies durant la pandémie". Cette audition s'est tenue devant la commission spéciale du Parlement sur le Covid-19 (COVI) et a été filmée, d'où la diffusion d'extraits au cours des jours qui ont suivi.
La femme mise en avant dans l'extrait se nomme Janine Small, elle est interrogée en tant que présidente des marchés internationaux développés chez Pfizer. Au cours des échanges, elle indique en effet que la firme, lorsqu'elle a mené des essais cliniques pour démontrer l'efficacité de son vaccin, n'a pas cherché à savoir si une vaccination induisait une réduction des risques d'infection. Faut-il pour autant y voir un quelconque "scandale", comme l'assurent certains ? Non, rétorque à TF1info l'immunologiste Stéphane Paul, par ailleurs membre de la Commission technique des vaccinations de la HAS. "La communication de Pfizer est cohérente", assure-t-il, "puisque les essais cliniques n'étaient pas mis au point pour vérifier la transmission". Pour l'entreprise, "comme d'ailleurs pour Moderna et les autres, l'objectif clinique était de mettre au point un vaccin qui protégeait des formes symptomatiques 15 jours après la 2e dose."
Lorsque les autorités sanitaires en charge des médicaments ont autorisé les vaccins en Europe, c'est bien leur capacité à réduire de façon significative les formes graves qui a été jugée. Ce n'est que par la suite, lorsque les populations ont commencé à être massivement vaccinées, que l'impact sur la transmission a été mesuré. Les chercheurs ont réalisé, partout dans le monde, des études dites "en vie réelle". Ces dernières ont permis de constater que les vaccins parvenaient à diminuer non seulement les cas graves, mais aussi la transmission du virus. En l'espace de quelques mois, "on a observé un consensus scientifique sur le fait qu'il y avait une réduction de la transmission", tranche Stéphane Paul. L'expert note que si "les chiffres sont inférieurs à ceux de la réduction des formes graves, ils restent intéressants malgré tout". Depuis le début des campagnes de vaccination, assure-t-il, "nous disposons de données prouvant cette protection contre l'infection. Elle n'est pas parfaite, mais mieux vaut 40% ou 50% de risque en moins que rien du tout !"
De nombreuses études, relayées en 2021, faisaient état des observations scientifiques en la matière. L'Institut Pasteur concluait par exemple que "les personnes non vaccinées" contribuaient "de façon disproportionnée à la transmission", ce qui traduisait en négatif l'impact positif des vaccins via leur capacité à réduire les contaminations. Plus récemment, la HAS a mis en avant le fait que "les données en vie réelle montrent qu’une dose de rappel est efficace pour réduire à la fois la transmission et le risque de forme grave, quel que soit l’âge",...
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