La valeur inestimable de la liberté de conscience

Atlantico - 02/05
Monique Canto-Sperber publie « Sauver la liberté d’expression » aux éditions Albin Michel. Jusqu'où laisser les apprentis censeurs d'aujourd'hui définir ce qu'on peut dire et ce qu'il faut taire ? La parole publique est déjà l'objet d'un rapport de forces, elle sera demain l'enjeu d'un conflit. Le temps des injonctions est révolu, il faut désormais résister. Extrait 2/2.

Si la liberté d’expression politique, dans l’acception moderne de ce terme, est liée à l’émergence des démocraties à la fin du XVIIIe siècle, aux États-Unis puis en France, la liberté d’exprimer sa conviction religieuse, ou liberté de conscience, fut, quant à elle, acquise dès la fin du XVIIe siècle, du moins comme conquête intellectuelle à défaut d’être déjà une réalité historique ou un principe légal. En reconnaissant la souveraineté de l’individu sur ses pensées, elle a amorcé l’histoire de la modernité dans la mesure où la conscience et la vie privée furent dès lors considérées comme des sanctuaires inviolables de la liberté personnelle, nul n’ayant à rendre compte de ses pensées ou choix de vie : « Quand on connaît que nous ne sommes pas maîtres de nos idées, et qu’une loi éternelle nous défend de trahir notre conscience, on ne peut qu’avoir de l’horreur pour ceux qui déchirent le corps d’un homme parce qu’il a ces idées-ci plutôt que celles-là. » J’analyserai dans le chapitre suivant les conditions de ce remarquable acquis intellectuel et moral.

Les trois cas suivants montrent chacun de façon différente combien il est, dans certaines circonstances, devenu difficile de défendre ce qu’on peu...
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