Liberté d’expression ou contrôle de la parole : les campus dans la tourmente

Atlantico - 01/05
Monique Canto-Sperber publie « Sauver la liberté d’expression » aux éditions Albin Michel. Jusqu'où laisser les apprentis censeurs d'aujourd'hui définir ce qu'on peut dire et ce qu'il faut taire ? La parole publique est déjà l'objet d'un rapport de forces, elle sera demain l'enjeu d'un conflit. Le temps des injonctions est révolu, il faut désormais résister. Extrait 1/2.

Au début de l’année 2015, je me suis inscrite sur le site FIRE (Foundation of Individual Rights on Education), fondé en 1999 pour défendre la liberté d’expression sur les campus des universités américaines. J’avais alors la conviction que l’avenir de la liberté d’expression pourrait se lire à livre ouvert dans les campus universitaires, et que ces derniers seraient un lieu d’observation idéal pour arpenter et baliser le champ de bataille que deviendrait la liberté d’expression au sein des sociétés libérales, le miroir en quelque sorte de la démocratie moderne et de son avenir. Dans le monde clos des universités, on voyait en effet s’affirmer de manière de plus en plus revendicative une sensibilité exacerbée à l’égard de propos ou attitudes perçus comme des offenses à portée politique, raciale ou sexiste, on observait in statu nascendi de quelle façon associations et groupes militants multipliaient les pressions afin d’établir un contrôle de la parole. Des formes nouvelles de censure y voyaient le jour, dénonçant des discours et des compor...
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