Les mille facettes de la mode africaine

Antigone Schilling - Slate FR - 02/10
Éternelle terre d'inspiration pour les créateurs occidentaux, le continent africain voit émerger un nombre croissant de talents qui enchantent l'univers de la mode.

Vaste sujet que de tenter faire un point sur les liens entre mode et Afrique, tant les facettes sont multiples. Ce continent aux cinquante-quatre pays, peuplé par 1,4 milliard d'habitants, est un territoire aux civilisations multiples et où les techniques textiles ont de riches histoires. S'il a souvent été source d'inspiration pour la mode occidentale, il émerge aujourd'hui sur la scène internationale de plus en plus de créateurs d'origine africaine.

Après une phase anticolonialiste qui a permis de (r)établir le lien avec un riche passé, place à une phase de création où se dessine une forme de fusion entre le foisonnement du continent africain et un style vestimentaire relevant beaucoup des codes occidentaux. Originalité et raffinement des textiles, audace des couleurs, signent le plus souvent une mode exubérante, mais aussi très créative.

Depuis début juillet, une grande exposition au Victoria and Albert Museum (V&A), à Londres, met en avant la créativité d'un continent souvent mal représenté. Mais ce secteur joue un rôle très important en Afrique; une phrase de l'écrivain Ishmael Reed donne une idée de son ampleur: «La mode est aussi fondamentale à la culture noire traditionnelle que la percussion.»

Textiles

La richesse textile en Afrique est infinie: il y a les tissages, les teintures, le raphia (à partir de feuilles de palmier), le kenté, le batik, le bogolan malien, le kita (Côte d'Ivoire), les tissus kuba… sans oublier les perles. Au début ce sont des écorces battues (une espèce de figuier) qui ont servi à créer des tissus; puis on a utilisé le coton, le raphia, la soie. Du côté des teintures, l'indigo est très prisé dans les tissus adire de la région yoruba (Nigéria).

Les tissus kuba du Congo existent depuis le XVIIe siècle. Tissés en raphia, leurs motifs géométriques sont travaillés dans des couleurs sourdes autour du beige, du marron. Le rabal, lui, est un tissage traditionnel des Manjaques de Guinée-Bissau aux motifs inspirés des arbres (baobab) ou encore de la fécondité. Le bogolan, en Afrique de l'Ouest, est créé grâce à une technique à l'argile («mud cloth»), symbole de protection.

Les origines du mythique et spectaculaire kenté remonteraient quant à elles au XIIe siècle: la légende raconte que sa fabrication se serait inspirée du travail de tissage d'une araignée. Des bandes de couleurs vives sont assemblées, orchestrant des formes géométriques rectangulaires en un tissage élégant et raffiné. Les couleurs ont leur symbolique: le bleu pour la sagesse, l'or pour la royauté, le jaune pour la santé, le blanc pour la pureté, le vert pour la croissance… Ces tissus portent souvent des noms inspirés de la faune ou de la flore.

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Pour Emmanuelle Courrèges, autrice de Swinging Africa–Le continent mode, «on peut aussi parler de métiers d'art pour l'Afrique, et le fait qu'une nouvelle génération s'empare de ce patrimoine peut aller jusqu'à l'excellence, avec par exemple Imane Ayissi, dont les réalisations n'ont rien à envier au monde du luxe».

Imane Ayissi, d'ailleurs, évoque son rapport aux textiles ainsi: «Le kenté, tissu traditionnel, tissé à la main originaire du Ghana, du Togo, est sans doute un des textiles africains les plus sophistiqués et raffinés, et il se prête à beaucoup de variations. J'aime particulièrement l'utiliser. Mais j'aime tous les tissages traditionnels à la main (comme le faso dan fani ou le ntu'tuere, un tissu du royaume bamoun au Cameroun par exemple) qui donnent une main et des textures que l'on ne peut pas retrouver avec des tissages industriels.»

«Les techniques d'impressions traditionnelles au tampon (comme les adire du Nigeria) ou en tie-dye, donnent auss...
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