Le monde d’après le Covid sera-t-il surtout celui d’une génération à-quoi-bon ?

Atlantico - 29/04
Derrière les troubles psychologiques liés à l’épidémie de Covid-19 et déjà largement documentés se cache en fait un malaise beaucoup plus profond sur le sens de nos vies.

Atlantico : Si l’on sait que la pandémie a pu créer chez un grand nombre de personnes des troubles ou problèmes psychologiques dûs à l’isolation, à l’angoisse ambiante, l’insécurité du lendemain, elle a également révélé un malaise préexistant chez de nombreuses personnes. Sur quoi pouvait porter ce malaise et quels aspects de celui-ci ont été exacerbés par la pandémie ? 

Xavier Briffault : L’indicateur le plus flagrant pour faire l’état de la santé mentale actuellement est CoviPrev de Santé Publique France qui montre qu’actuellement, sur un échantillon stable depuis un an, environ 30% de la population a un score sur l’échelle HAD (Hospital Anxiety and Depression) indiquant les taux d’anxiété et de dépression supérieur à 10, ce qui correspond au score d’entrée dans la dépression. Si l’on transpose à la population générale, cela revient à dire qu’un tiers de la population – ici adulte – est dans un état anxio-dépressif actuellement. Cela ne veut pas dire une dépression caractérisée qui nécessite un traitement, mais déjà un état de souffrances psychiques très important : cela représente 15 millions de personnes, et ce score est trois fois plus élevé que celui d’il y a un an, lors de la première étude CoviPrev. Il y a également une augmentation très importante des consultations de psychologues, psychiatres, médecine générale, pédopsychiatrie, une augmentation similaire de la consommation de psychotropes. Cela s’associe également à une augmentation de la suicidalité, c’est à dire des pensées et des intentions suicidaires ; si l’on n’a pas encore de chiffres sur le suicide (actuellement 12 000 par an pour 200 000 tentatives) car il faut du temps pour les obtenir, comme la dépression est la première cause de suicide, cela risque de coïncider. 

Cette augmentation de la souffrance psychique touche d’autant plus fort des personnes qui avaient des facteurs de risque antérieurs, que ce soit directement des troubles de santé mentale avérés (anxio-dépressif, troubles obsessionnels compulsifs, troubles du comportement alimentaire, qui ont été assez sévèrement impactés) ou des personnes qui avaient des « modalités de coping », des troubles de l’adaptation qui ont été impactés très fortement par la pandémie. Pour le moment, considérant toutefois la difficulté de comparaison des études de santé mentale épidémiologiques entre elles faute de nombres suffisants, il semble que la crise et en particulier les mesures de confinement qui l’ont accompagnée ont impacté tous les facteurs de risque de santé mentale : l’isolement, les problématiques économiques, l’incertitude face à l’avenir, l’incohérence et la perte de contrôle sur sa vie, la perte de stabilité fondamentale de la société (liberté de déplacement, de sortir à n’importe quelle heure de chez soi). Cet impact va donc au-delà des personnes qui étaient déjà touchées par des troubles mentaux, et de celles qui avaient déjà des facteurs de ris...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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