La colère gronde en Iran. Après l'arrestation et le décès de Masha Amini à Téhéran, de nombreux citoyens ont battu le pavé pour dénoncer la répression de la police des mœurs dans leur pays. Cette unité, chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique d'Iran pour les femmes, fait désormais l'objet de vives critiques. Preuve de l'embarras du pouvoir, le président iranien Ebrahim Raïssi a demandé l'ouverture d'une enquête. Thierry Coville, chercheur à l'Institut des Relations Internationales et stratégiques (IRIS), et spécialiste de l'Iran, nous donne son point de vue sur cette situation explosive.
La situation des femmes peut-elle faire bouger le régime ?
Le régime ne le dira pas directement, mais cela peut faire bouger les rapports de force. C'est l'une des caractéristiques du pouvoir iranien : il ne peut pas négliger cette situation. Depuis 2018, les causes sociales font sortir les gens dans la rue. Là, c'est la défense des libertés individuelles. Il est cependant nouveau que le président Ebrahim Raïssi et le président du Parlement évoquent l'ouverture d'une enquête, alors que la police dit :"Circulez, il n'y a rien à voir". Les journaux ont aussi pris fait et cause en faveur des femmes, et mettent en cause la police des mœurs, ce qui montrent qu'il existe un débat en Iran entre modérés et radicaux.
Ces manifestations ne sont elles pas aussi liées au fait que, depuis 2021 et l'arrivée au pouvoir de Raissi, il y a un nouveau souffle conservateur en Iran ? Or, sous Hassani, les citoyens avaient connu un courant modéré.
Il est impossible de parler de l'Iran sans évoquer la modernisation de sa société. Avec notamment la hausse du niveau d'éducation des femmes, de l'âge moyen pour leur mariage ou la présence de 40% de femmes dans les universités.
Il y a une évolution des mentalités, une prise en compte des libertés individuelles, mais aussi une défense de l'État de droit et la démocratie. Quand les modérés sont au pouvoir, comme Hassan (ndlr : président de 2013 à 2021), il y a une certaine adéquation, même si les gens voudraient qu'ils aillent plus loin.
En revanche, quand il s'agit de Mahmoud Ahmadinejad ou Hassan Raïssi, il y a presque une opposition totale. Rappelons qu'Hassan Raissi a dit : "Les femmes mal voilées ne doivent plus avoir accès aux transports publics." C'est lui qui a demandé à cette police des mœurs d'être plus active. Ce qui va à l'encontre de ce que veut la société iranienne.
Y a-t-il encore une place en Iran pour une police des mœurs en 2022 ?
La mouvance des durs autour de Raïssi pense que le voile obligatoire est politique. S'ils cèdent là-dessus, il n'y a plus de République islamique. En outre, pour que la politique que défend Raissi puisse exister, il faut montrer aux 30% qui le soutiennent qu'il est prêt à se battre pour d...
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