Enquête : que dit la science sur la lecture rapide ?

Julien Hernandez - Futura Sciences - 27/04
Des formations en ligne aux vidéos YouTube, la lecture rapide séduit de nombreuses personnes. Selon ses partisans, les méthodes utilisées permettraient de lire beaucoup plus vite tout en...

Des formations en ligne aux vidéos YouTube, la lecture rapide séduit de nombreuses personnes. Selon ses partisans, les méthodes utilisées permettraient de lire beaucoup plus vite tout en préservant la compréhension. Que valent ces prétentions lorsqu'elles sont examinées à la lumière des données scientifiques sur le sujet ? C'est ce que nous allons voir en détail dans cet article. 

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Si vous tapez « lecture rapide » sur YouTube, vous allez certainement trouver votre bonheur. Beaucoup de vidéos sont disponibles pour vous apprendre à lire plus rapidement. Parmi les plus influentes, Immersion au championnat de France de lecture rapide de la chaîne Hugo Décrypte et Comment lire plus vite avec la lecture rapide du YouTubeur Fabien Olicard. Ces deux vidéos comptabilisent à elles seules plus de deux millions de vues. À l'intérieur, on y retrouve beaucoup d'affirmations sans aucune référence scientifique.

De façon plus curieuse, aucune vidéo n'est disponible pour questionner ou critiquer ces méthodes. Ce milieu semble très prisé par le développement personnel et la quête de performance dans un monde où le temps est une ressource toujours plus précieuse. Mais est-il seulement possible de lire plus rapidement que nous ne le faisons déjà tout en préservant nos capacités de compréhension ? Et si cela est possible, est-ce que les méthodes que les enseignants, coachs et autres champions en lecture rapide mettent à notre disposition sont efficaces ? 

Une revue intitulée « Tant de choses à lire, si peu de temps : comment lisons-nous et pouvons-nous accélérer la lecture ? », publiée en 2016 par quatre chercheurs américains en psychologie et sciences cognitives dans le journal Psychological Science in the Public Interest, a passé au crible les arguments et les prétentions de cette doctrine. Pour nous aider à y voir plus clair sur le sujet, nous avons également interrogé Angelo Arleo, directeur de recherche CNRS à l'Institut de la vision à Paris, Saveria Colonna, professeure en sciences du langage à l'Université de Paris 8 et membre du laboratoire structures formelles du langage, et Kevin O'Regan, chercheur en psychologie expérimentale, ex-directeur du Laboratoire de psychologie de la perception à l'Université René-Descartes. 

Immersion au cœur de la rétine 

Avant de comprendre comment nous traitons l'information, il est important d'être s'informé sur comment nous voyons. Dans notre rétine se trouve une couche de cellules photoréceptrices qui convertissent l'information lumineuse en information nerveuse : les cônes et les bâtonnets conformément à leurs formes géométriques respectives. Chaque rétine contient environ 6 millions de cônes et 120 millions de bâtonnets. Mais ces derniers ne sont absolument pas répartis de la même façon au sein de la rétine. « La distribution des photosrécepteurs dans la rétine est très hétérogène. Ce sont les cônes qui participent le plus à notre acuité visuelle et à la bonne perception des détails. Ces cellules sont surtout présentes dans la partie de la rétine que l'on nomme la fovea centralis [couramment appelée fovea, ndlr] qui couvre un angle de perception entre 1 et 3 degrés, explique Angelo Arleo. La quantité de cône décroît de manière exponentielle à mesure qu'on s'éloigne de la fovea si bien que notre vision parafovéale et notre vision périphérique nous renvoient des informations floues. Cela est dû à la forte présence de bâtonnets qui ne détectent pas les couleurs mais uniquement le noir, le blanc et les nuances de gris. »

Aussi, ces cellules ne sont pas connectées à notre nerf optique de la même façon. Chaque cône envoie une information unique à une seule cellule ganglionnaire afférente via les cellules bipolaires. En revanche, nos bâtonnets envoient une information regroupée. Avant de transmettre l'information à la cellule ganglionnaire, l'ensemble des sti...
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