Mort de Jean-Luc Godard : pourquoi nous l'avons tant aimé

LCI - 13/09
[VIDÉO] - Jean-Luc Godard est décédé ce mardi 13 septembre à l'âge de 91 ans. Agitateur de la Nouvelle Vague, il a dynamité les codes du cinéma avec des films résolument novateurs, d'"À bout de souffle" à "Sauve qui peut (la vie)". Il emporte avec lui un pan de l'histoire du 7e art.

Jean-Luc Godard est décédé ce mardi 13 septembre à l'âge de 91 ans.
Agitateur de la Nouvelle Vague, il a dynamité les codes du cinéma avec des films résolument novateurs, d'"À bout de souffle" à "Sauve qui peut (la vie)".
Il emporte avec lui un pan de l'histoire du 7e art.

Et mes films, tu les trouves comment, mes films ? Demandez à n’importe quel cinéaste en activité, David Lynch, Pedro Almodovar, David Cronenberg ou Lars von Trier, ils vous répondront sans doute unanimement qu’il y a des films français et qu’il y a le cinéma de Jean-Luc Godard.

Que reste-t-il de l'œuvre de celui qui, avant d’être cinéaste, était critique aux Cahiers du cinéma ? Des images inoubliables sur les plus de 150 films et vidéo réalisés : Belmondo dans À bout de souffle au volant d'une voiture, d’adressant à la caméra et proposant à ceux qui n’aiment ni la montagne ni la mer d'aller "se faire foutre" ; Anna Karina en Louise Brooks, vêtue d'un peignoir bleu ou en robe échancrée à rayures dans Pierrot le fou (1965), sublime dans cette scène où, sur la plage de Porquerolles, elle chantonnait : "Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire…" tandis que Belmondo se tartinait le visage de peinture bleue nuance Klein. Ou encore la Bardot, transcendée, demandant à Piccoli s'il trouve ses fesses jolies dans Le Mépris. Entre autres. Tant d'autres.

Le choc "À bout de souffle" en 1959

On ne le réalise peut-être pas en 2022, mais "JLG" était la superstar du cinéma d’auteur au début des années 60. Avec Picasso et Bob Dylan, c'est l'un des artistes les plus célèbres du monde entier. Sa renommée, il la doit à un choc : À bout de souffle, d'une immense modernité, résumant à lui seul la Nouvelle Vague qui déferle alors sur le cinéma français (scénario improvisé, tournage en extérieur, son enregistré en direct, etc.). Soit une rébellion contre le cinéma français dominant et installé. De concert, Jean-Paul Belmondo et Jean-Luc Godard, alors jeunes débutants, envoyaient valser les us et coutumes du "cinéma de Papa". 

"On ne pensait pas que le film marcherait. On s'amusait beaucoup, mais on ne pensait vraiment pas que ça allait avoir autant de succès", avait déclaré Bébel lors du festival TCM Classic en 2010, jouant ici un délinquant recherché par la police et amoureux d'une jeune Américaine (sublime Jean Seberg). "Et Godard, un jour, alors que je jouais au football, m'a demandé si je voulais tourner un rôle avec lui. J'ai dit oui". Un 15 août, sur les Champs-Élysées, Godard l'a donc fait "entrer dans une cabine téléphonique. Je lui ai demandé Qu'est-ce que je dis ? Il m'a répondu : Ce que tu veux. Alors j'ai dit n'importe quoi". C’était l’art de "God" : des éclairs de génie qui, soudain, vous embarquent ou des phrases qui restent : "Qu'est-ce que c'est, dégueulasse ?", demandait avec ingéniosité Jean Seberg dans le même film. Complices, Godard et Bébel se retrouveront jusqu’à Pierrot le fou, autre chef-d’œuvre poétique et enchanté en 1965, piochant dans la comédie musicale et la bande dessinée ; un film "d’une beauté surhumaine", disait Louis Aragon. 

Le réalisateur star de sa génération

Alors que durant cette décennie, la Nouvelle Vague s’émousse, Godard, lui, se réinvente. Parmi ses autres films, il faut citer, aussi, le classique instantané Le Mépris (1963), tourné en technicolor dans l'incroyable villa de Malaparte à Capri, réunissant Bardot, Piccoli, l'acteur Jack Palance et le réalisateur Fritz Lang qui joue son propre rôle. Des conflits humains exaltés par la musique mythique de Georges Delerue et la blonde icône sublimée en brune qui s'épuise de désir. Le polar survolté de Bande à part (1964), où Anna Karina, souriant avec ses grands yeux, rendait fous Sami Frey et Claude Brasseur, qui, du coup, couraient dans la boue des quais de Seine, en plein hiver. Les visions futuristes de Alphaville (1965), entre science-fiction et film noir, avec l’espion j...
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