Jean-Luc Godard est mort

Florence Colombani - LePoint - 13/09
Le représentant mythique de la Nouvelle Vague est décédé à l’âge de 91 ans. Le réalisateur d'« À bout de souffle » n’aura cessé d’inspirer la nouvelle génération.

Certains l'ont compris dès À bout de souffle (1959), d'autres ont attendu que la campagne de promotion de Hélas pour moi (1993) le souligne pour s'en rendre compte : GOD était dans Godard. Le cinéaste vient de nous quitter à l'âge de 91 ans. Avec lui disparaît la dernière grande figure de la Nouvelle Vague – et un artiste dont la stature provocante a surplombé la société française pendant plus d'un demi-siècle. Au-delà de l'Hexagone s'efface un symbole, une icône, celui qu'Antoine de Baecque, son biographe, résumait en une formule : « l'homme-cinéma ».

Jean-Luc Godard naît à Paris le 3 décembre 1930, rue Cognacq-Jay, dans le 7e arrondissement. Par sa mère, Odile Monod, il appartient à une prestigieuse dynastie protestante. Son grand-oncle est le célèbre ethnologue Théodore Monod ; son cousin, Jérôme, sera un homme politique proche de Jacques Chirac. Le père, Paul Godard, est médecin de formation et fait une carrière lucrative de directeur de clinique. La famille se partage entre Paris et Nyon, dans le canton de Vaud en Suisse. « J'aime bien cette situation entre la France et la Suisse, commentera JLG. Mon père, pour passer de la rive suisse à la rive française, avait un bateau qui s'appelait Le Trait d'union. Donc tout cela a dû me marquer beaucoup. Moi, je ne suis qu'un trait d'union et j'ai même un double prénom. »

En 1940, l'enfant est à Paris, chez ses grands-parents. Devant l'avancée des troupes allemandes, il est décidé de le renvoyer en Suisse, où ses parents restent toute la durée de la guerre. Julien Monod, le grand-père maternel de Jean-Luc, un banquier proche de Paul Valéry, est pétainiste. « Quand Rommel a perdu à El Alamein, j'ai été très peiné, un peu comme si mon équipe de football favorite avait été battue », racontera Godard, qui plantait des drapeaux selon les avancées de chaque camp sur une carte punaisée au mur de sa chambre. Déjà paradoxal, le jeune Jean-Luc s'émeut tout autant à la lecture de Liberté de Paul Éluard que lui fait lire un professeur en sy...
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