William Klein, mort d'un visionnaire

Baudouin Eschapasse - LePoint - 12/09
L'artiste américain est décédé à l'âge de 96 ans. Son œuvre, multiforme, englobe à la fois peintures, photos et films. Elle reste d'une incroyable modernité.

Il avait le chic pour brouiller les pistes ; excellait dans l'art de rebattre les cartes. Notamment entre réel et imaginaire. William Klein n'avait pas son pareil pour transmuer le quotidien en matériau magique. Il transformait des scènes de vie les plus banales en moments de rêverie pure. Son chef-d'œuvre, Qui êtes-vous, Polly Magoo ? en est la parfaite illustration. Dans ce film onirique, sorti en 1966, Dorothy McGowan, joue le rôle d'un top-modèle repéré dans la foule, lors d'un concert des Beatles (emprunt au réel : c'est dans ces circonstances précises que la jeune femme se vit proposer un contrat de mannequinat). Le prince d'un royaume d'opérette (incarné par Sami Frey) s'éprend éperdument d'elle. Mais est-elle vraiment la femme sur lequel il fantasmait dans des magazines au papier glacé ? Conte de fées moderne, ce long-métrage est à la fois une allusion voilée à l'histoire d'amour entre Grace Kelly et le prince Rainier de Monaco. Mais aussi une critique féroce de cette « société du spectacle » que dénoncerait, un an plus tard, Guy Debord dans un essai fameux.

Tour à tour peintre, photographe et réalisateur d'une vingtaine de films, tantôt de fiction, tantôt documentaires, William Klein, décédé le 10 septembre à Paris, avait, comme son ami Chris Marker, une qualité rare. Il était visionnaire. Ses films, en forme de paraboles, en témoignent. En 1969, son Mr Freedom prenait la forme d'une comédie déjantée moquant le bras de fer, sur fond ...
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