En cette rentrée, la place à accorder au nucléaire suscite encore le débat. Et l’ingénieur Jean-Marc Jancovici eu l’occasion de le relancer par plusieurs interventions dans les médias. Membre du Haut Conseil pour le Climat et fervent défenseur du nucléaire, le spécialiste a notamment expliqué sur France 5 que cette énergie était l’une des plus sûres de toutes.
Rebondissant sur la situation ukrainienne et l’éventualité d’un accident à la centrale de Zaporijia, la plus grande d’Europe, Jean-Marc Jancovici s’est alors attardé sur les risques pour les habitants de la région : "Si on veut supprimer les problèmes pour les populations locales, on déconstruit tous les barrages. Vous savez, le plus grand accident de barrage a eu lieu en Chine dans les années 70, il y a eu entre 20 et 100.000 morts".
En France, le nucléaire est la première énergie produisant de l’électricité. En 2021, il représentait 69% de notre production, une part devant être ramené à 50% en 2035. Viennent ensuite les énergies renouvelables, représentant 19% de notre consommation d’énergie en 2021. Et comme le rappelle le ministère de la Transition écologie, "l’hydroélectricité est la deuxième source de production électrique derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable en France".
Pour analyser le niveau de sûreté d'une source d’énergie, toutes les conséquences négatives liées à sa production doivent être prises en compte : la pollution de l’air qu’elle cause d’abord, puisqu’elle tue 9 millions de personnes par an dans le monde, d’après une étude du Lancet. Ensuite, les accidents qui ont pu survenir. Puis, les émissions de gaz à effet de serre (GES) engendrées par celle-ci. Cette comparaison a notamment été retenue par le site Our world in data, qui synthétise des données officielles. Dans le cas des centrales hydrauliques et nucléaires, seuls les accidents sont à retenir ici : ces deux énergies n’émettent pas de polluant de l’air, ni de GES. En 2020, 91% des émissions mondiales de CO2 provenaient de l’extraction d’énergies fossiles, selon le Global Carbon Project.
Et d’après deux études sur le sujet, l’une publiée en 2007 dans la revue médicale du Lancet et l’autre en 2016 dans Elsevier, l’un des plus gros éditeurs mondiaux de littérature scientifique, l’hydroélectricité cause plus de décès que l’électricité. Le taux de mortalité de la première est de 1,3 par térawattheure contre 0,03 pour la seconde. Cela représente un décès par an dans le cas de l’hydroélectricité dans une ville moyenne de 150.000 habitants entièrement alimentée par cette énergie, selon les projections de Our world in data, et un décès tous les 33 ans dans le cas du nucléaire.
Mais cette comparaison comporte des limites. D’abord, le taux de mortalité lié à l’hydroélectricité est aussi haut à cause d’un accident en particulier, cité par Jean-Marc Jancovici. Il s'agit de la rupture du barrage de Banqiao, en 1975 en Chine, qui a tué 171.000 personnes : 26.000 personnes sont mortes au cours de l’accident et 145.000 ont péri à cause de la famine que le drame a provoquée, selon l’estimation la plus récente. Sans cet événement, cette énergie serait extrêmement sûre avec un taux de mortalité "comparable au nucléaire, au solaire et à l’éolien" de 0,04 décès par TWh, synthétise Our world in data.
Ensuite, les bilans des deux accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima peuv...
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