Gouverneur des enfants de France, à savoir des quatre fils du dauphin, le duc de La Vauguyon s’était complu, pour son usage personnel, à les rebaptiser « les quatre F. ». En partant de l’aîné pour aller jusqu’au plus jeune, il y avait donc Bourgogne, alias « le Fin », Berry, « le Faible », Provence – futur Louis XVIII –, « le Faux », Artois enfin, futur Charles X, « le Franc ». « Le Faible », celui que son propre père, sans penser à mal, appelait, mi-affectueusement, mi-ironiquement, le « gros benêt », serait un jour Louis XVI.
Sur la fin des années 1750, dans le cercle étroit de la famille royale, dans son proche entourage, dans le microcosme versaillais, il n’était personne qui ne se récriât, qui ne s’extasiât, qui ne se sentît ou ne se dît au bord de la pâmoison au seul nom et bien sûr à la vue du jeune duc de Bourgogne. D’une vive et précoce intelligence, d’une incomparable aisance, réfléchi, taquin, spirituel, cet enfant exceptionnel serait à coup sûr, le jour venu, un très grand roi. Son père en était fou, sa mère, comme dans le conte, plus folle encore. Il tomba brusquement malade. Son mal s’aggravant – c’était une forme de tuberculose, alors incurable –, il fut bientôt hors d’état de quitter sa chambre puis son lit et on eut la curieuse idée de lui donner, comme un jouet et un souffre-douleur, pour compagnon d’études et de jeux, le petit duc de Berry. Il mourut âgé de dix ans à peine, en 1761, laissant ses parents inconsolables.
Le chouchou disparu, il fallut bien préparer le duc de Berry, désormais aîné de la fratrie et deuxième dans l’ordre de la succession au trône, à un rôle où on ne l’avait pas imaginé et pour lequel on ne le jugeait pas fait. Le dauphin et son épouse, également dévots, et jusqu’à la bigoterie, veillèrent à ce qu’il reçût l’éducation nécessaire en s’attachant plus particulièrement, pour ce qui relevait d’eux, à en faire un bon chrétien. En revanche, ils ne tentèrent même pas de lui faire croire qu’ils reportaient sur le cadet l’amour qu’ils avaient nourri pour son prodigieux aîné. L’enfant de sept ans perçut parfaitement qu’aux yeux et dans le cœur de ses parents, il n’était et ne serait jamais qu’une solution de remplacement, un pis-aller, la pâle doublure de celui dont il avait pris la place, et il en conservera, adulte, une défiance envers lui-même, une mésestime de soi qui constitueront un trait saillant et permanent de sa personnalité.
On a fait très tôt à Louis XVI, avec sa collaboration involontaire, la réputation peu flatteuse d’un roi-soliveau, d’une bûche, d’un idiot, voire d’un ivrogne couronné. Il est vrai que, gros mangeur, bon buveur, grand chasseur et grand taiseux, les apparences ne ...
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