La règle voulait qu’il marche trois pas derrière elle. À chacune de leurs apparitions. Le reine Elizabeth II, décédée ce 8 septembre, a rejoint son grand amour le Prince Philip, disparu un an plus tôt après près de huit décennies passées à ses côtés.
Un décès qui avait été un choc pour celle qui n’a eu de cesse de louer son rôle à ses côtés. "Il a tout simplement été ma force et mon roc pendant toutes ces années. Ma dette envers lui est bien plus grande que ce qu'il pourrait jamais dire", avait-elle déclaré lors de leurs noces d’or.
Par amour pour Elizabeth, Philip a mis ses ambitions personnelles de côté. Seul garçon d’une fratrie de cinq enfants, il naît prince de Grèce et du Danemark en 1921 à Corfou de l’union du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg. Alors qu’il n’a que 18 mois, son oncle le roi Constantin est contraint d’abdiquer et sa famille est exilée. Philip se retrouve alors "sans nom, sans État et sans un sou", selon l’expression consacrée par les commentateurs. Le garçon grandit loin de ses parents entre Paris, le Surrey, l’Allemagne et l’Écosse. Son père les abandonne et sa mère est envoyée dans un asile suisse auprès de Sigmund Freud qui traite sa schizophrénie – son histoire est racontée dans un épisode de The Crown.
En 1939, Philip fête ses 18 ans en s’engageant auprès de la Royal Navy. Une décision qui va changer sa vie car c’est lors d’une visite royale du Royal Navy College of Dartmouth qu’il rencontre la princesse Elizabeth, âgée de 13 ans. Le coup de foudre est immédiat. Malgré la différence d’âge et leur arbre généalogique qui fait d’eux des cousins au troisième degré. Les deux jeunes gens entament une correspondance enflammée et s’écrivent toutes les semaines. Mais du côté de Buckingham, cette soudaine passion inquiète.
Philip est perçu comme "un outsider et une menace", rapporte le documentaire "Prince Philip : The Plot to Make a King", ("le plan pour fabriquer un roi"). Le film revient sur les côtés sombres du prince consort. Et sur la manière dont son oncle, Louis Mountbatten, aurait tout fait pour orchestrer la rencontre de son neveu avec la jeune princesse afin d’inscrire son nom dans les livres d’histoire. Un nom que la famille Battenberg a anglicisé après la Première Guerre mondiale. Les connexions allemandes gênantes de Philip – trois de ses sœurs sont mariées à des Nazis -, ses idées politiques un peu trop à gauche, sa réputation de playboy et sa langue bien trop pendue achèvent de décourager le palais. Mais Elizabeth obtient gain de cause et épouse son Adonis blond le 20 novembre 1947, quatre mois après avoir annoncé leurs fiançailles.
Désormais citoyen britannique, Philip devient le prince consort Philip, duc d’Edimbourg, comte de Merioneth et Baron Greenwich. La famille s’agrandit avec les naissances du prince Charles en 1948 et de la princesse Anne en 1950. Le quatuor s’installe à Malte où le néo-duc est déployé. Mais leur vie bascule à la mort du roi George VI en 1952, qu’il doit annoncer à son épouse alors qu’ils sont en déplacement au Kenya. Elizabeth change de statut, Philip perd le sien. Sa brillante carrière militaire prend fin alors qu’il vient d’être promu Commandant. "Franchement, j’aurais préféré rester dans la Navy", soufflera-t-il 40 ans plus tard.
Cette liberté de ton ne le quittera jamais. Aussi blagueur que son épouse est réservée, Philip fait fi du politiquement correct et collectionne les polémiques. De quoi lui valoir le surnom de Wince Philip, soit "Philip la grimace". Potaches, misogynes ou carrément racistes, ses sorties ne passent pas inaperçues. En 2009, il demande à une troupe de danseurs noirs s’ils sont "tous de la même famille". "Ne restez pas...
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