C'est la fin du règne le plus long du XXᵉ siècle et par la même occasion, une part de l'Histoire moderne qui se tourne. Après 70 années de règne, la reine Elizabeth II qui avait consacré, pour l'essentiel de son existence, à incarner et réformer la monarchie britannique avec une rigueur et un sens du devoir patriotique unanimement salués, s'est éteinte ce jeudi 8 septembre 2022 à l'âge de 96 ans. Ce sont les services de Buckingham Palace qui ont annoncé la triste nouvelle via un communiqué.
Née le 21 avril 1926, Elizabeth Alexandra Mary Windsor a accédé au trône le 8 février 1952 à l’âge de 25 ans, à la mort de son père, George VI. La petite "Lilibet" (le surnom affectueux que lui donnaient ses proches, NDLR) n'était pourtant pas destinée au trône. C'est l'abdication d'Edward VIII, son oncle, futur duc de Windsor, ainsi que l'accession au trône du père d'Elizabeth, qui l’a placée en ligne directe. Sous la houlette de sa "nounou" et de sa gouvernante, la jeune-fille va alors se plonger dans un programme accéléré en Histoire et en droit constitutionnel. Elle apprendra aussi le français. Puis, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint l'armée de réserve, à 19 ans, comme conductrice, sous le matricule 230873.
C'est en avril 1947 qu'elle prend réellement conscience de son destin, lors d'un voyage au Cap, en Afrique du Sud avec sa famille. Elle s'engage alors à "vouer [sa] vie, qu'elle soit courte ou longue, à votre service et au service de la grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous". La même année, Elizabeth épouse à l'abbaye de Westminster son cousin Philip de Grèce, un officier de la marine dont elle est amoureuse depuis l'adolescence. Les noces sont célébrées juste après la guerre et il se raconte que la reine avait accumulé les coupons de tissu rationnés pour faire confectionner sa robe de mariée. L'année suivante, le prince Charles vient agrandir la famille : il sera suivi d'Anne, en 1950, d'Andrew, en 1960 et d'Edward en 1964.
Le destin d’Elizabeth II bascule en 1952, lorsqu'elle remplace son père, malade, pour une tournée dans le Commonwealth. C'est au début du voyage, dans un lodge au Kenya, qu'elle apprend le 6 février le décès de son père, de la bouche de Philip. Il dira plus tard qu'elle prit la nouvelle "vaillamment, comme une reine". Seize mois plus tard, le 2 juin 1953, elle devient souveraine du Royaume-Uni et de plusieurs états du Commonwealth dont le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle embrasse immédiatement ce "travail à vie", selon son expression de l'époque. Véritable témoin de l'Histoire, elle a offert le thé à une quinzaine de Premiers Ministres au cours de son règne : de Winston Churchill à Boris Johnson en passant par Tony Blair et John Major, qu'elle a reçus chaque semaine à Buckingham Palace. Un rendez-vous hebdomadaire où il se murmure qu'elle y distillait des conseils avisés et sages.
Infatigable, Elizabeth II honore chaque année quelque 350 engagements : inaugurations en tous genres, réceptions à Buckingham, remises de décorations ou de récompenses, voyages à l'étranger... Au cours de son règne, la Reine aura politiquement tout connu : l’adhésion à la CEE devenue l’Union Européenne, puis son retrait, la guerre des Malouines, en Irak et en Afghanistan, les attentats terroristes, la fronde populaire après la mort de Diana. Elle a notamment côtoyé Nehru, l'empereur Hirohito, Charles de Gaulle. Mandela l'appelait "mon amie". Elle a assisté à la construction puis la chute du mur de Berlin, la rétrocession d'Hong Kong à la Chine en 1997, puis, plus récemment, le Brexit, souhaité par une majorité de Britanniques : une "blessure" pour la Reine, femme aux convictions pro-européennes anciennes et bien tranchées. Le 9 septembre 2015, elle avait battu le record de longévité sur le trône d'Angleterre, jusque-là détenu par son arrière-arrière-grand-mère, la reine Victoria, qui régna de 1837 à 1901.
Au cours de son règne, qui fut loin d’être un long fleuve tranquille, elle a traversé les crises, vacillant à peine sous le poids des convenances, du protocole et des scandales. Parmi celles-ci, l'année 1992 qui fut particulièrement compliquée pour la Reine. Une "annus horribilis", comme...
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