L'été touche bientôt à sa fin. Et laisse derrière lui le souvenir de vagues de chaleur particulièrement intenses. Mais pour combien de victimes ? C'est la question que tout le monde se pose après l'été caniculaire qui a frappé la France et ses nombreux records absolus de températures dépassés. Or, pour certains observateurs, l'Insee aurait d'ores et déjà révélé que cet été a fait 11.000 victimes, rapprochant le bilan de celui de l'été meurtrier de 2003, lors duquel 15.000 personnes étaient décédées. Qu'en est-il réellement ?
Les internautes font en fait un raccourci. Tout d'abord, il faut rappeler que "ce n'est pas le métier de l'Insee que de donner les causes de la surmortalité", comme le rappelle Sylvie Le Minez, en guise d'introduction. Responsable de l'unité des études démographiques et sociales à l'institut national de la statistique et des études économiques (Insee), elle regrette d'ailleurs, auprès de TF1info, que cette rumeur soit allée "un peu vite".
Le chiffre est en fait issu du dernier bilan de la mortalité. Publié 2 septembre, on y apprend qu'entre le 1er juin et le 22 août, plus de 11.000 décès supplémentaires ont été enregistrés par rapport à la même période, en 2019. Un écart "qui est très important", aux yeux de l'experte. Et qui signifie que "quelque chose s'est forcément passé". Le travail de l'institut s'arrête là. "L'Insee n'est pas capable de dire, dans cet excédent, ce qui est dû à la canicule, au Covid-19 ou à d'autres causes."
Cela dit, dans son bilan publié la semaine dernière, l'institut chargé de la statistique avance quand même une hypothèse. Celle selon laquelle ce chiffre serait "vraisemblablement" lié aux vagues de chaleurs qui ont frappé la France. Car les statisticiens ont observé une "concomitance" entre les pics de décès et les vagues de chaleur. Santé Publique France rappelle ainsi que la France a connu trois épisodes de canicule au cours de l'été passé. D'abord du 15 au 22 juin, puis du 12 au 25 juillet - avec des pics de recours aux soins d'urgence du 15 au 18 juillet - et une dernière du 31 juillet à la mi-août. Or, "la chronique des décès toutes causes confondues" semble suivre le même calendrier. Elle laisse "entrevoir un premier pic de décès, toutes causes confondues, autour du 19 juin", comme le souligne l'Insee dans son rapport, puis "un pic très net le 19 juillet" avec des décès totaux sur le mois "supérieurs de 13 % à ceux de juillet 2019".
S'il est donc "difficile d'imaginer" qu'il n'y ait pas un lien entre cette surmortalité et la canicule, "reste à savoir la part de l'impact de la chaleur" sur cet excédent, explique notre interlocutrice.
Cela signifie-t-il que le bilan final sera automatiquement moins élevé ? Sera-t-il au contraire encore plus dramatique ? Là encore, il est trop tôt pour le savoir. Mais les deux scénarios sont envisageables. Par le passé, l'institut a parfois eu des bilans inférieurs à ceux révélés ensuite par Santé publique France, notamment en ce qui concerne l'épidémie de Covid-19. Par ailleurs, les chiffres pour le mois d'août sont encore "provisoires" et "fragiles", alerte Sylvie Le Minez. Comme le soulignait l'Insee en mai 2020, "même avec un recul de dix jours, il peut manquer environ 10% des décès par rapport au nombre définitif".
À l'inverse, l'Insee pourrait avoir surévalué la mortalité en oubliant de prendre en compte certaines...
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