Vous l’aimerez, Madame, il a des airs de Bouquinquant… » Le roi des bonnets de nuit s’était-il métamorphosé ce jour-là en un malicieux prince-sans-rire ? Il faut le croire, du moins si l’on ajoute foi à la tradition qui nous a transmis les termes, choisis avec soin, dans lesquels Louis XIII aurait évoqué pour la première fois devant son épouse Anne d’Autriche un certain Giulio Raimondo Mazzarino. Car le « Bouquinquant » qu’il rappelait au bon souvenir de sa femme n’était autre que cet illustre duc de Buckingham qui, vingt ans auparavant, ambassadeur extraordinaire de Charles Ier d’Angleterre auprès du roi de France, n’avait pas craint de faire quasi publiquement la cour à la reine alors jeune, belle, et notoirement insatisfaite, sans que celle-ci s’en offusquât autant qu’elle aurait dû. Abreuvant son imagination féconde à des sources plus ou moins fiables, le grand Alexandre Dumas, dans Les Trois Mousquetaires, a immortalisé et quelque peu corsé cet épisode romanesque.
« Bouquinquant » ou pas, Mazarin plut en effet à la reine. Comme il avait fait la conquête de Richelieu qui, mourant, l’avait recommandé au roi. Persuadé à son tour des mérites de cet autre cardinal, pourtant si différent du précédent, le monarque, à l’agonie, s’était fait somme toute l’exécuteur testamentaire de son tout-puissant ministre en passant la consigne et le témoin à sa future veuve.
Élevé par le pape à la pourpre cardinalice dès 1641, ses quarante ans tout juste sonnés… pour services rendus au royaume de France, et donc membre du Sacré Collège sans n’avoir jamais été ordonné prêtre, choisi par Louis XIII pour être le parrain de son fils aîné, le petit dauphin Louis-Dieudonné. Il est aussitôt désigné pour présider le Conseil de régence, et confirmé enfin par la reine dans la fonction de principal ministre quatre jours seulement après la mort de son royal conjoint. Deux ans avaient suffi à cette éminence grise, à peine immigrée et naturalisée, pour avaler comme en se jouant tout le parcours des obstacles interposés entre son ambition et la plus haute marche du pouvoir.
Les plus fins connaisseurs des arcanes de la grande politique n’avaient pas vu venir cet outsider sur lequel ils n’auraient pas parié une livre, compte tenu notamment de sa modeste extraction et, accessoirement, de son origine étrangère. La cour et la ville assistèrent, également médusées, à l’ascension météorique de ce campionissimo, pour ainsi dire surgi du néant, puis au couronnement final de son improbable échappée menée en solitaire. On s’avisa de sa prestance, qui était d’un cavalier plutôt que d’un ecclésiastique. Mazarin avait su plaire au grand cardinal, au feu roi, à la reine. Le plus évident de ses dons était apparemment celui de séduire. Ce qui expliquait sa faveur sans prouver son mérite. Saurait-il s’imposer, puis se maintenir au pouvoir ? On n’avait pas encore eu l’occasion d’apprécier à sa juste mesure l’habileté, la patience, la ruse, la prudence, l’audace et le sens politique de ce grand lecteur de Machiavel.
« L’homme rouge », comme le surnomme Victor Hugo dans Marion de Lorme, ét...
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