Actuellement aux Affaires étrangères, Liz Truss est la grande favorite du scrutin qui se joue au Royaume-Uni. Réunissant quelque 200.000 membres du parti conservateur, majoritaire au Parlement, l’élection vise à désigner qui de la ministre de 47 ans ou de Rishi Sunak, anciennement aux Finances, succèdera à Boris Johnson à la tête du gouvernement. Le résultat, donné en faveur de Liz Truss donc, sera connu lundi 5 septembre.
Aux responsabilités depuis 2014 sous le gouvernement de David Cameron et députée depuis 2010, la ministre des Affaires étrangères n’hésite pas à afficher un euroscepticisme radical et assumé, depuis que le Brexit a été voté en 2016. Mais c’est tout particulièrement avec la France que ses relations ne sont pas au beau fixe. Un épisode récent est venu raviver un passif entre les deux pays, qui entretiennent des rapports complexes depuis la sortie des Anglais de l'UE.
Le 25 août dernier, lors d’un débat télévisé, la cheffe de la diplomatie était interrogée sur le président français. "Emmanuel Macron, ami ou ennemi ?", lui demande alors la journaliste. Refusant d’abord de se prononcer ("le jury est sorti", lance-t-elle tout sourire), Liz Truss finit par lâcher, sans beaucoup d'hésitation : "Si je deviens Première ministre, je le jugerai sur ses actes et pas sur ses mots". Contrairement à son adversaire qui, interrogé de la même manière, optera pour une France amie.
De quoi faire réagir Emmanuel Macron le lendemain, alors en visite en Algérie, un brin agacé : "Nous vivons dans un monde compliqué. Vous avez de plus en plus d'illibéraux, de démocraties autoritaires, de puissances de déséquilibre... Si on n'est pas capables, entre Français et Britanniques, de dire si on est amis ou ennemis - le terme n'est pas neutre -, on va vers de sérieux problèmes". Avant de poursuivre, sur un autre ton, en qualifiant Londres de "nation amie, forte et alliée".
Pour une partie de la presse britannique, la sortie de Liz Truss est considérée comme un message clair, doublé d’un faux pas. "Il est impossible de ne pas conclure de son langage corporel que, comme tous les nostalgiques de Thatcher, elle déteste vraiment les Français - une tradition conservatrice qui remonte de la guerre des Malouines à l'ère napoléonienne", analyse pour sa part le New Statesman. Qui rappelle à l’occasion que la ministre des Affaires étrangères n’est pourtant pas avare de compliments à l'international, comme elle a pu le faire à l’égard de la République Tchèque ou de l’Inde.
Entre Paris et Liz Truss, ce n’est pas la première fois que le torchon brûle. En novembre 2021, le bras de fer qui avait opposé Londres à Paris fin 2021 au sujet des licences de pêche avait atteint son paroxysme lorsque la ministre avait estimé que la France avait "proféré des menaces inacceptables", l’intimant de les retirer "dans les 48 heures". Un mois plus tard, Emmanuel Macron avait regretté l’absence de bonne foi de la part du gouvernement.
Si elle venait à être élue, Liz Truss a par exemple promis des baisses d’impôts massives ou de suspendre le protocole sur l'Irlande du Nord, quitte à se brouiller avec Bruxelles, mais n’a pas évoqué de dossiers prioritaires à traiter. Il n’est pas certain que l’amitié franco-britannique se trouve en haut de la pile.
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