Il est l'un des symboles de la chute de l'URSS. Pur produit du système communiste, Mikhaïl Gorbatchev est décédé, ce mardi, à l'âge de 91 ans des suites d'une longue maladie. Son décès intervient en pleine offensive de l'actuel président russe Vladimir Poutine en Ukraine, lancée le 24 février et dénoncée en Occident comme une résurgence de l'impérialisme russe.
Le dernier dirigeant de l'ex-bloc communiste a marqué l'histoire et changé la face du monde en devenant le fossoyeur involontaire de l'URSS. S'il est la source d'un immense respect en Occident, il suscite une amertume certaine en Russie.
Simple fils de paysan, Mikhaïl Gorbatchev a grandi dans "un bled où il n'y avait ni électricité, ni radio". Conducteur de moissonneuse-batteuse, il monte à 19 ans à Moscou, prenant "pour la première fois un train" pour aller à l'université, racontait-il. Pendant ses études de droit, il s’engage dans le mouvement étudiant du PC, les Komsomols. De retour à Stavropol, il travaille à plein temps dans cette organisation et fait une ascension rapide à travers la structure locale du Parti communiste.
Il est alors remarqué par le chef du KGB, Iouri Andropov. Ce dernier fait monter Mikhaïl Gorbatchev à Moscou en 1978 où il intègre le Comité central, l'instance dirigeante du PC, avant de devenir le dernier dirigeant de l'Union soviétique. Il effectue snuite un parcours classique d'apparatchik pour devenir à 54 ans, le 11 mars 1985, le numéro un d'un empire soviétique alors exsangue sur le plan économique et qui était empêtré dans une guerre sans fin en Afghanistan. Sa jeunesse le distingue. En moins de trois ans, depuis le décès de Léonid Brejnev en 1982, le PC soviétique a connu deux secrétaires généraux vieillissants qui sont morts à ce poste, Iouri Andropov et Konstantin Tchernenko.
Conscient que la crise guette, Mikhaïl Gorbatchev lance une libéralisation baptisée la "perestroïka" (restructuration) et la "glasnost" (transparence) pour réformer le système soviétique et réduire l'influence des vieux caciques du parti. Des millions de Soviétiques découvrent alors des libertés inédites, mais aussi les pénuries, le chaos économique et les révoltes nationalistes qui sonneront le glas de l'URSS, ce que nombre de ses compatriotes ne pardonneront jamais à cet homme au front marqué d'une tache de vin.
"Bien sûr, j'ai des regrets, de grosses erreurs ont été commises", avait-il déclaré à l'AFP en janvier 2011. Car sous son mandat, les dérives n'ont pas manqué : l'entrée des chars soviétiques en Lituanie, la répression de manifestants pacifiques en Géorgie, ou la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986, passée sous silence pendant des jours, contribuant à la contamination de centaines de milliers de personnes.
À l'Ouest, que ce soit le chancelier allemand Helmut Kohl ou le président américain Ronald Reagan, les grands du monde capitaliste sont fascinés par ce nouvel interlocuteur ouvert à la négociation. Accord de désarmement nucléaire, refus d'intervenir militairement pour défendre le rideau de fer, retrait de l'Armée rouge d'Afghanistan : le numéro un soviétique est décidément différent. Ce respect ne disparaîtra jamais en Occident en raison de sa retenue lorsque le mur de Berlin et les régimes communistes de Tchécoslovaquie, de Hongrie et de Pologne s'écroulent. Il sera récompensé d'un prix Nobel de la paix en 1990.
"Les événements les plus importants du XXe siècle furent l'émancipation de la femme et la libération de la Russie" par celui qu'on surnomme "Gorbi", avait souligné le dirigeant israélien Shimon Peres, autre lauréat du Nobel. Mais pour les Russes, Mikhaïl Gorbatchev a détruit le statut de grande puissance de leur patrie, et ils n'ont que dédai...
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