«Avec amour et acharnement», vivant vertige de l'intime

Jean-Michel Frodon - Slate FR - 30/08
Charnel et troublant, le film de Claire Denis capte la circulation des émotions d'une femme et un homme dont l'amour est traversé par les multiples signaux du monde, du passé, des zones d'ombre de chacune et chacun.

Regardez l'affiche. Il y a ces deux profils, une femme et un homme. Et ces deux mots, amour, acharnement. Par jeu, on pourrait se demander si elle, qui semble attentionnée, est l'amour, et si lui, qui paraît regarder au loin d'un air déterminé, est l'acharnement.

On pourrait reprendre la vieille formule «regarder ensemble dans la même direction», pour tout de suite percevoir que même en ce cas, ce n'est pas du même regard, ni pour voir la même chose. Ils ont l'air figés dans une posture, cette Sara et ce Jean, et de fait, lorsque le film commence, ils le sont. Dans la posture du bonheur, du couple heureux.

La séquence est magnifique de simplicité modeste, de frontalité assumée. Ce pourrait être une vidéo de vacances tournée au téléphone portable par un ami, ce pourrait être une publicité pour un séjour à la plage. C'est une publicité, limpide comme l'eau claire de la mer où ces deux-là s'étreignent.

Cela est posé bien en évidence. La beauté singulière du film qui vient sera de déployer combien il y a autre chose, beaucoup, beaucoup d'autres choses, entre elle et lui et tout autour, sans renier ce moment inaugural.

Le quinzième film de Claire Denis ne raconte pas la crise d'un couple. Il ne raconte pas non plus l'étendue du désir, du désir d'une femme au-delà d'un cadre que pourtant elle aime. En...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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