"Si nous avions répandu le chaos dans la population avant l'invasion, les Russes nous auraient dévorés". Prononcée au cours d'un entretien d'une heure avec le Washington Post, cette phrase du président ukrainien laisse entendre qu'il a dissimulé, ou minimisé, ce qu'il savait d'une possible attaque russe avant que celle-ci n'ait lieu. "Lorsqu'il y a du chaos, les gens fuient le pays", estime Volodymyr Zelensky, selon qui il n'y avait pas d'autre option à ce moment-là.
Le président ukrainien réfute toutefois l'idée qu'il aurait caché la menace de guerre à ses concitoyens. "Ils avaient accès à toute l'information qui était disponible", estime Zelensky, qui rappelle que depuis 6 mois, l'armée russe massait des hommes et du matériel aux frontières, sous couvert d'exercices militaires. Depuis le mois de décembre, raconte-t-il, les Ukrainiens retiraient des sommes massives d'argent de leurs comptes, sans que le gouvernement les en empêche, même s'il savait "que cela affecterait l'économie du pays". Agiter le risque d'entrée en guerre n'aurait fait qu'accélérer ce mouvement, selon lui, et aurait mis le pays à terre avant même le déclenchement de l'offensive.
Selon le président ukrainien, les seules informations tangibles que le directeur de la CIA lui auraient transmises lors de sa visite à Kiev en janvier, un mois avant l'invasion russe, concernaient une opération de débarquement prévue sur l'aéroport d'Hostomel, qui visait à l'écarter rapidement du pouvoir. C'est le seul "détail" que Volodymyr Zelensky reconnaît ne pas avoir communiqué à ses compatriotes. Il explique d'ailleurs avoir ignoré à ce moment-là les conseils qui lui étaient donnés d'évacuer avec sa famille, un mouvement qui selon lui aurait précipité la défaite.
Nous ne sommes pas tombés dans ce panneau
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Le président ukrainien affirme n'avoir jamais imaginé une invasion de cette échelle, sur l'ensemble du territoire, même s'il prenait la menace russe très au sérieux. Selon lui, c'est une "guerre hybride" qui est menée par le Kremlin, qui avant d'être militaire avec l'offensive du 24 février, fut politique et économique. Il estime ainsi que répandre la panique, par exemple en appelant la population à se préparer concrètement au pire, n'aurait fait qu'accélérer la dislocation de l'Ukraine en tant qu'État. "Au moment de l'invasion, nous n'aurions plus été qu'une loque, pas un pays", explique-t-il au Washington Post, "mais nous ne sommes pas tombés dans ce panneau".
Volodymyr Zelensky pointe aussi les contradictions américaines, qui l'ont prévenu dès janvier de l'imminence d'une opération, mais ne lui ont pas pour autant fourni d'indications tactiques qu'il n'avait pas, ni les armes pour s'en protéger. "Je ne peux qu'être reconnaissant envers les États-Unis, pour tout ce que nous avons obtenu", concède le président ukrainien, tout en rappelant qu'il avait, dès les premières alertes, demandé de l'armement lourd et la fermeture de l'espace aérien.
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