Ils sont invisibles à l'œil nu. Alors que la végétation cesse de se consumer en surface, quelques centimètres sous terre, ils continuent de couver. Les feux de tourbe, aussi appelés "feux zombie", ravivent les brasiers que l'on croyait éteints. Difficiles à détecter et encore plus à combattre, ces résidus d'anciens foyers sont, pour partie, à l'origine de la reprise des incendies en Gironde - où 7400 hectares ont été ravagés à Landiras - un département où 14.000 hectares avaient déjà brûlé à la mi-juillet.
"Le feu de juillet n'a jamais été déclaré éteint, il s'était enterré", a expliqué, jeudi 11 août, Martin Guespereau, préfet délégué de la Gironde pour la sécurité et la défense de la zone sud-ouest. En réalité, c'est comme si l'incendie ne s'était jamais arrêté. Par endroits, à 40 centimètres de profondeur, des températures supérieures à 150 degrés ont été constatées par un drone thermique. Le sol y est incandescent. La faute à la tourbe (ou lignite), une matière organique, présente en sous-sol, formée par l'accumulation de débris végétaux et très riche en carbone (environ 20%), qui sert de combustible et est donc inflammable.
"Il y a de grandes chances que cela soit à l'origine de cette reprise", a ainsi jugé auprès de TF1info Christophe Chantepy, expert défense des forêts contre l'incendie à l'Office national des forêts (ONF). D'autant que la forêt de Landiras, à l'instar des forêts du massif aquitain, est un environnement propice à ces "feux zombies". "Les premières couches du sol sont donc assez souvent composées d'un équivalent de tourbes. Le feu, lorsqu'il a été très intense comme en juillet, est entré dans les profondeurs du sol, où il reste en combustion lente." "La tourbe est très épaisse et très compacte, et donc elle amène ce feu à se diffuser très lentement mais de façon assez vive", a abondé Jean-Luc Gleyze, président de la Gironde et du Sdis 33.
Pour se maintenir en sous-terrain, parfois pendant plusieurs mois, les feux de tourbe n'ont besoin que de très peu d'oxygène. De quoi compliquer la tâche des pompiers, qui voient ce phénomène se fixer. Autrefois cantonnés aux forêts boréales arctiques, où des incendies se déclarent au printemps après avoir couvé tout l'hiver dans le sol, les "feux zombies" devraient devenir plus fréquents en raison du changement climatique. Une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique Nature a identifié trois facteurs principaux, à savoir des étés très chauds, voire caniculaires, des incendies extrêmement violents et la pénétration profonde dans le sol de ces feux. Autant d'éléments aujourd'hui présents dans l'Hexagone.
Face à ces "feux zombies", capables de rallumer des foyers éteints n'importe où et n'importe quand, les soldats du feu luttent de toutes leurs forces. Au-delà d'une vigilance de tous les instants, seul le travail de la terre permet d'en venir à bout. Les pompiers, munis de pelles, creusent jusqu'à un mètre de profondeur avant d'asperger les braises avec des seaux-pompes.
Mais même en agissant ainsi, le combat est loin d'être gagné. "On a des témoignages recueillis à Roquefort, dans les Landes, lors des incendies de 1948 et 1949, lorsque du lignite aurait brûlé pendant plusieurs années", a expliq...
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