Nancy Pelosi à Taïwan : cinq questions autour du regain de tensions entre les États-Unis et la Chine

LCI - 02/08
[VIDÉO] - Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, se trouve à Taïwan, ce mardi, suscitant l'ire de la Chine. Ce déplacement, le premier de ce type depuis 25 ans, pose plusieurs questions. Entretien avec Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine à la Fondation pour la recherche stratégique.

Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, se trouve à Taïwan, ce mardi, suscitant l'ire de la Chine.
Ce déplacement, le premier de ce type depuis 25 ans, pose plusieurs questions.
Entretien avec Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine à la Fondation pour la recherche stratégique.

Des déclarations outragées, des provocations militaires... C'est peu dire que la visite à Taïwan de Nancy Pelosi, troisième personnage de l'État américain, irrite la Chine de Xi Jinping. Un déplacement, le premier de ce type depuis 1997, qui pose plusieurs questions, notamment sur le statut politique de Taïwan, la doctrine américaine concernant l'île ou l'évolution du rapport de force dans la région. Des questions auxquelles répond Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine à la Fondation pour la recherche stratégique, pour TF1info.

Pourquoi Taïwan est-elle si importante pour la Chine ?

Taïwan est importante pour la Chine pour au moins trois raisons. L'une d'elles est historique : le parti communiste chinois, depuis la proclamation de la République populaire de Chine, en 1949, met en avant un récit historique de la reconstitution et de la réunification d'une grande Chine, ce qui passe par le contrôle de Taïwan. Il convient toutefois de relativiser ce narratif et de rappeler que Taïwan n'a jamais fait partie de la République populaire de Chine (elle faisait toutefois partie de la République de Chine jusqu'en 1949, ndlr).

L'importance de Taïwan est aussi politique : elle constitue aujourd'hui un contre-modèle extrêmement gênant, en matière de gouvernance, pour la Chine. Car l'île est peuplée d'une société de culture chinoise, multiethnique, qui a connu un régime autoritaire extrêmement violent jusque dans les années 1980, et qui s'est démocratisée de l'intérieur. Ce qui montre qu'on peut être une société de culture chinoise, de langue chinoise (le mandarin) tout en étant une démocratie. Ce qui va complètement à l'encontre de l'argument politique du parti communiste chinois selon lequel il n'y aurait pas d'alternative.

Enfin, Taïwan a une position géographique stratégique extrêmement importante, le long des côtes chinoises. Elle constitue donc, en quelque sorte, un verrou vers le Pacifique. Dès lors, contrôler Taïwan permettrait à l'armée populaire de libération de sanctuariser une partie de ses côtes, mais surtout de briser ce qui est perçu par Pékin comme une sorte d'encerclement géographique, du Japon jusqu'aux Philippines en passant par Taïwan. Cela permettrait aussi à la Chine de projeter beaucoup plus facilement des forces militaires dans le Pacifique.

La notion d'"ambiguïté stratégique"

Quelle est la position américaine sur Taïwan ? A-t-elle récemment évolué ? 

Depuis 1979, les États-Unis n'ont, officiellement, plus de relations diplomatiques avec la République de Chine (Taïwan) mais ont établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (Pékin). Washington entretient toutefois avec Taïwan toute une série de relations non officielles, qui sont de nature économique, culturelle, technologique. La France, le Japon et de nombreux autres pays entretiennent le même type de relations avec Taïwan.

La position américaine reste également dans ce qu'on appelle "l'ambiguïté stratégique" : Washington a toujours entretenu un flou, une ambiguïté sur l'ampleur et la nature de ce que serait son soutien à Taïwan en cas de changement unilatéral chinois, par la force, du statu quo. Sur ce point de "l'ambiguïté stratégique", il n'y a pas eu d'évolution ces dernières années. 

En revanche, le rapport de force, lui, a évolué, et la Chine essaie de plus en plus de changer le statu quo. On le voit avec une campagne sans précédent de pressions - économique, diplomatique, militaire - exercée sur Taïwan, notamment depuis 2016 et l'arrivée au pouvoir de la présidente Tsai Ing-wen, et en réponse aux Américains qui, eux, essaient de maintenir le statu quo et de rappeler les garanties de sécurité apportées à Taïwan, quand bien même il n'y a pas d'alliance entre Washington et Taipei.

"Cette visite vient déstabiliser Xi Jinping, qui doit ...
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