Mahi Traoré est autrice d’un livre « Je suis noire, je ne me plains pas, j’aurais pu être femme » publié aux éditions Robert Laffont. Elle est aussi la première femme noire africaine à devenir proviseure dans un lycée parisien, sa fonction actuelle. Elle a souvent été soumise à cet interrogatoire absurde : d’où venez-vous ? Etes-vous française ? Si oui, depuis quand ? Sa réponse favorite : « Je suis suédoise. »
Le jour où j’ai compris que j’étais noireFace aux petites phrases blessantes, aux sous-entendus insultants, aux tentatives d’humiliation, elle oppose une répartie piquante mais toujours polie. Car de Bamako à Paris, c’est toujours en femme libre qu’elle s’est définie. Noire et libre, maniant l’humour avec dextérité pour mieux dynamiter les clichés.
Elle a décidé de nous livrer ici le récit d’une « première fois », celle de son entrée à la Sorbonne en 1994 en DEUG de lettres modernes. Le temps ne faisant rien à l’affaire, il est peu douteux que des jeunes gens d’aujourd’hui, singulièrement des jeunes filles, ne se reconnaissent pas dans son expérience. Alors, si son texte nourrit jamais une ambition, c’est de leur donner la force de braver les embûches et de persévérer dans leurs choix, sans laisser aux poncifs le soin de gouverner leur vie.
Voici son récit :
« Ce premier lundi d’octobre, le soleil s’est levé sur un jour prometteur, en dépit d’une pointe d’appréhension qui me picote l’esprit. Ce matin-là, en remontant la rue des Ecoles, je pose pour la première fois le pied sur le pavé du Quartier latin, haut lieu d’une contestation étudiante survenue un quart de siècle plus tôt et dont j’ignore encore tout. Fraîchement débarquée de mon Mal...
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