Être rationnel ne vous empêchera pas de tomber dans le piège de la désinformation

Julien Hernandez - Futura Sciences - 24/07
La raison serait-elle le remède miracle contre les fake news ? Si maîtriser des grands principes est certainement utile pour éviter certains écueils, une récente étude suggère que des paramètres...

La raison serait-elle le remède miracle contre les fake news ? Si maîtriser des grands principes est certainement utile pour éviter certains écueils, une récente étude suggère que des paramètres comme le biais de confirmation et l'idéologie politique seraient de meilleurs prédicteurs de la susceptibilité envers la désinformation. 

Notre article précédent (voir en bas de page) argumentait en faveur de l'importance du raisonnement analytique pour expliquer l'adhésion aux fausses informations. Les auteurs de l'expérience décrite sont des partisans de l'hypothèse du raisonnement classique en ce qui concerne les croyances envers les fausses nouvelles. Ils pensent qu'un manque de raisonnement analytique est une composante essentielle de l'adhésion envers les fausses nouvelles. Pourtant, il existe une autre hypothèse pour rendre compte de notre adhésion envers la désinformation : l'hypothèse intégrative. Cette dernière suggère que les facteurs purement cognitifs, tel le raisonnement analytique, jouent un rôle mais que leur potentiel explicatif est bien moindre en regard des variables psychosociales comme le biais de confirmation et l'idéologie politique. Une nouvelle expérience conduite par des auteurs soutenant cette hypothèse relativise l'importance du raisonnement analytique dans la prédiction de notre adhésion envers les fausses nouvelles. 

Pourquoi c'est important 

En sciences, lorsqu'on étudie un phénomène (ici notre susceptibilité individuelle à la désinformation) et que deux hypothèses sont en concurrence pour en rendre compte, il faut redoubler d'ingéniosité pour trancher quelle est la bonne. Le problème ici est le suivant : des données empiriques corroborent les deux hypothèses. Certaines études trouvent des corrélations fortes entre la susceptibilité à la désinformation et le « test de réflexion cognitive » dont nous avons déjà parlé dans l'article ci-dessous, d'autres trouvent des corrélations fortes entre la susceptibilité à la désinformation et le test d'ouverture d'esprit active (censé mesurer à quel point nous prenons en compte les autres points de vue en considération dans l'évaluation de l'information ou la tendance à user du biais de confirmation) et l'idéologie politique appelée aussi le biais partisan. 

On pourrait se dire que tous ces facteurs interviennent et la question serait réglée. Sauf que les deux hypothèses n'ont pas les mêmes implications concernant ces facteurs. En effet, si les deux acceptent communément la vision de l'autre, elles hiérarchisent l'importance des facteurs. Cela peut avoir des impacts directs en matière de lutte contre la désinformation. Faut-il se concentrer préférentiellement sur l'amélioration des capacités réflexives et numériques de la population ou bien plutôt sur l'ouverture d'esprit et la mise à distance de son idéologie politique ? Bien sûr, cette vision considère que la désinformation est un problème et qu'il faut lutter contre, ce qui n'est pas le cas de tous les chercheurs. 

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