La place de la sieste en France reste ambigüe. Si le sud du pays, comme l'ensemble des voisins de la Méditerranée, la pratiquent depuis longtemps, elle reste frappée d'une forme de suspicion dans le nord du pays, et peine à se faire une place dans notre agenda quotidien. On l'associe au bonheur le temps des vacances, puis on l'écarte jusqu'à l'année suivante. Elle est pourtant plébiscitée pour ses vertus par ses adeptes, comme par le corps médical : cette déconnexion dans la journée présente en effet de nombreux avantages, si elle est pratiquée dans les règles de l'art.
"Malheureusement, le problème, c'est que la sieste est largement empêchée par le rythme social", constate le docteur Beaulieu, spécialiste du sommeil. "Pour les jeunes, la sieste n’est pas autorisée par l’école, ni pour les plus âgés par le monde du travail". Or, ce rythme imposé par l'école ou par l'entreprise, n'est pas celui de notre biologie. "Il est prévu par notre programme génétique", poursuit le somnologue, "un creux semi-circadien, où il serait normal de prendre un temps de récupération". La sieste en tire d'ailleurs son nom. Venu de l'espagnol "siesta", qui le tirait du latin "sexta", il désignait originellement la sixième heure du jour - soit midi -, la plus propice au repos.
C’est un petit creux dans le cycle de l’éveil d’une journée, situé juste après le repas, et "la logique voudrait que l’on respecte ce moment". C'est l'inverse qui se produit, parfois jusqu'à l'absurde, note le docteur Beaulieu : "Vous pouvez avoir un cours de maths juste après la cantine, ou la réunion la plus importante d’une entreprise à 14h, c'est-à-dire pile au moment où l’horloge biologique a prévu de la récupération".
Quand on a sommeil, il n'y a rien de mieux, il faut écouter la nature
Marcel Duplan
Dans le reportage de TF1 en tête de cet article, le journaliste Michel Izard avait sillonné Uzès (Gard) et son arrière-pays l'été dernier, à la rencontre de ceux pour qui la sieste est au cœur de l'art de vivre. Après le déjeuner, en fermant les volets, quand les rues de la ville sont écrasées de soleil, comme cette dame qui avoue à notre équipe partir "faire dodo, comme tous les jours". Ou sur un coin de table pour une poignée de minutes, comme Marcel Duplan, qui à 99 ans fait une sieste quotidienne. "Quand on a sommeil, il n'y a rien de mieux, il faut écouter la nature", plaide-t-il. Le vieil homme rêve de pêche ou de chasse, goûte à des plaisirs enfuis, puis s'éveille heureux.
Ce repos court, qu'on appelle "sieste-flash", ou "sieste-parking" de nos jours, Marcel l'a pratiqué toute sa vie, même lorsqu'il travaillait encore. Et les scientifiques en valident désormais les bienfaits. Car la sieste est d'abord une affaire de timing : l'heure à laquelle on la fait, et pour combien de temps, sont cruciaux. "La sieste, c’est un médicament par la récupération" compare le docteur Beaulieu, "et comme telle, elle a ses précautions d’emploi : il faut la faire au bon moment, et avec la bonne durée".
"Le bon moment, notre organisme nous l’indique", indique-t-il : "c’est cette petite sensation de somnolence après le déjeuner". Elle n’est d’ailleurs pas forcément liée au fait d’avoir beaucoup mangé ou beaucoup bu, car ce petit appel à la récupération aura lieu quelles que soient les quantités ingérées.
La sieste parfaite doit durer entre 10 et 20 mn
Docteur Philippe Beaulieu
"La sieste parfaite doit durer entre 10 et 20 minutes", professe notre expert en sommeil. Au-delà, le risque est "de produire du sommeil long profond", surtout si on a trop peu ou mal dormi la nuit précédente. "Au réveil, vous subirez une 'inertie du sommeil', dont vous aurez du mal à vous extraire, et vous ne bénéficierez pas de l’effet de rafraîchissement et de redynamisation", que doit procurer une sieste.
La technique de Marcel, assoupi sur le coin de sa table dans l'Uzège, est donc largement validée. Des siestes plus longues, par exemple d'environ 90 minutes - soit un cycle de sommeil-...
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