Le bovarysme est-il un comportement typiquement féminin?

Sandrine Aragon - Slate FR - 20/07
La propension à la rêverie amoureuse serait plus que jamais actuelle. Mais est-on sûr que cette attitude est propre aux femmes?

«Rêver d'un autre destin plus satisfaisant»: telle est la définition du verbe «bovaryser». Il est entré dans le Grand Robert en 2013. Un verbe de base anthroponymique, dérivé du nom de l'héroïne du roman de Flaubert, Madame Bovary, paru en 1856 dans le journal La Presse. Sa description d'une épouse insatisfaite cherchant le bonheur auprès de ses amants a été condamnée pour non-respect des bonnes mœurs et de la morale en 1857. Cependant, son succès ne se dément pas: le roman a donné lieu à de nombreuses adaptations au cinéma ou en bande dessinée, comme Gemma Bovery de Posy Simmonds.

Dès le XIXe siècle, Barbey d'Aurevilly utilise, par dérivation, le nom «bovarysme» pour évoquer cette insatisfaction qui pousse à rêver d'une autre vie et à chercher l'évasion dans le romanesque. Le verbe «bovaryser» connaît aujourd'hui un regain de popularité. La propension à la rêverie amoureuse est-elle plus que jamais actuelle? Et surtout, est-elle typiquement féminine?

Fille de paysans, Emma Bovary a reçu une éducation supérieure à celle de sa classe sociale au couvent: elle y a appris la musique, la danse et la lecture. Elle a lu Paul et Virginie, puis Chateaubriand, mais surtout les romans d'amour de la lingère du couvent, lus en cachette dans son lit. «Elle frémissait en soulevant de ...
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