Alors que débutaient les célébrations de l'Aïd al-Adha, Vladimir Poutine s'est une fois de plus invité en Syrie pour assombrir ce qui constitue la plus grande fête musulmane de l'année. Le 8 juillet 2022, Moscou posait son veto au Conseil de sécurité de l'ONU afin de bloquer le renouvellement de l'envoi d'aide humanitaire vers le nord-ouest de la Syrie, en zone rebelle.
Depuis 2014, date à laquelle a été mis en place ce plan d'aide, c'est la même pièce qui se rejoue d'année en année: alors que l'ONU soumet au vote la poursuite de l'aide, la Russie, volontiers secondée par la Chine, s'y oppose, menace d'user de son veto, en use, jusqu'à ce qu'un compromis soit trouvé en urgence. C'est ce qui s'est passé le 11 juillet au soir, quand Moscou a finalement consenti à prolonger de six mois supplémentaires –au lieu d'un an– le mécanisme d'acheminement de l'aide passant par Bab al-Hawa, à la frontière syro-turque.
Dans le camp d'Alteh, situé à mi-chemin entre Idlib et Hama, au nord-ouest de la Syrie, Abdul-Salam Muhammad Al-Yusuf s'inquiète de ces atermoiements sans fin, qui jouent la vie des Syriens à pile ou face. Ce militant humanitaire, directeur du camp depuis trois ans, se fait peu d'illusions sur le but de la manœuvre: «Il est devenu clair que l'aide humanitaire s'est transformée en affaire purement politique et militaire. Si la frontière est complètement fermée, c'est une famine qui nous attend.»
De fait, près de 4,1 millions de Syriens, dont une large majorité de femmes et d'enfants, sont dépendants de l'aide humanitaire dans le nord-ouest de la Syrie, quand on estime que sur les 16,3 millions de Syriens vivant encore dans le pays, 14,6 millions ont beso...
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