– C’est pour toi.
Un ami camerounais qui me visite régulièrement au SED me tend son portable.
– Michel?
La voix est hésitante, inquiète.
Les souvenirs affluent, me submergent. L’océan, l’infini de l’horizon. La fraîcheur apaisante, les longs goûters dans la cuisine, le moelleux du gâteau breton, le chocolat chaud trop sucré, les cours de maths à mes petites sœurs d’adoption.
– Michel, comment vas-tu? insiste-t‑elle.
Mes larmes, impossibles à contenir.
– Ça va aller, maintenant, mon grand.
Je respire avec peine, avec force. Je veux répondre.
Ma voix s’étrangle ; j’arrive juste à respirer.
– Michel, ça va aller, parle-moi.
De gros sanglots d’enfant m’emportent. Le passé me happe, abat la digue qui contenait mes pleurs. C’est ma maman de cœur. Celle qui m’a soigné au Centre héliomarin de Perharidy. Elle m’aime ; elle me demande pardon de ne pas m’avoir recherché plus tôt. Je pleure de joie, de honte, d’impuissance. Je dois lui expliquer. Je ne suis pas un criminel!
« Non! Ça, on le sait. On te connaît, Michel. Avec René, on va remuer ciel et terre pour te faire rentrer à la maison. »
Rentrer à la maison. Ces mots me brisent le cœur.
Poursuivre le combat ou me laisser mourir?
Le pouvoir veut se débarrasser de moi. Il veut me tuer, ça ne me semble pas excessif de le dire. Me tuer sans se salir les mains. C’est juste une question de temps. Je peux choisir de me soumettre à sa volonté. Ce serait plus simple. Pour moi, pour mes proches. Ils ressentiraient ce soulagement qu’on éprouve au départ d’un grand malade, quand la mort est la seule échappatoire. Le manque serait là bien sûr, ...
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