100 000 exploitations agricoles de moins en 10 ans. Sur 50 ans, le nombre de fermes a même été divisé par 4 en France. Plus d’un quart des paysans dépassent la soixantaine d’années tandis que plus de la moitié sont quinquagénaires. Cadences infernales sans vacances, revenus aléatoires, catastrophes naturelles de plus en plus nombreuses et dévastatrices, adaptation au bio contraignante, etc. Autant de défis qui ne donnent plus envie aux jeunes de s’investir dans une exploitation toujours plus grande et coûteuse.
La protection de l’environnement devient pour les paysans une nécessité. Dans une enquête menée auprès de 1 359 agriculteurs et viticulteurs en février-mars 2021, l’observatoire du groupe BPCE nous apprend que 51 % d’entre eux se disent "engagés dans une démarche agroécologique". Ils restent néanmoins nombreux à "exprimer des besoins d’accompagnement pour investir en matériel (45 %), recevoir de l’aide technique ou acquérir des connaissances (45 %)", précise l’étude. Le bio ne progresse toutefois que de 2 points en deux ans et ne concerne que 13 % des agriculteurs interrogés.
Leur première préoccupation, devant la retraite et la transmission, reste la santé. Pierre-Jean Barthèye, administrateur et en charge de la communication de l’association Accueil Paysan, ne cache pas que beaucoup de ses "copains ont chopé des cancers." Aujourd’hui retraité d’une chèvrerie dans l’Aveyron, l’ancien vice-président du réseau se montre inquiet et loue le rôle de son dispositif : "Le réseau Accueil Paysan défend une agriculture paysanne et un monde rural diversifié, solidaire, écologique et vivant. Nous accompagnons les paysans qui le souhaitent, formons et cherchons des solutions pour aider chacun à s’adapter au réchauffement climatique dans le respect de la nature."
Depuis 1987, Accueil paysan réfléchit aux manières de préserver la terre, la faune et la flore, informe les agriculteurs de la France entière sur les conditions et les modalités des transitions agroécologiques, développe la vitalité des territoires ruraux et prône un dialogue serein avec les citoyens alentours et lointains. "Nous n’obligeons aucun de nos adhérents à faire du bio, même si nous les y encourageons. Les démarches peuvent devenir trop lourdes. Nous leur demandons néanmoins de respecter le vivant sans se mettre en danger. Nous pouvons très bien faire adhérer un producteur pas totalement vertueux mais qui désire faire mieux", expose Pierre-Jean Barthèye. L’ancien producteur de fromage de chèvre a mis un certain temps avant de se convertir au bio : "Par méconnaissance j’utilisais notamment des insecticides pour faire fuir les mouches des bâtiments. Ces produits sont terriblement mauvais, mais ils détruisaient instantanément les larves. J’ai fini par mettre des fils collants ensuite, très efficaces et j’ai obtenu le logo AB et le label certifié agriculture biologique."
Pas de dictat au sein de l’association, mais plusieurs cahiers des charges rigoureux que les 900 partenaires doivent respecter. Les agriculteurs se visitent régulièrement pour veiller aux respects des recommandations qu’ils s’imposent entre eux. "Nous fonctionnons en réseau : notre site, des blogs, des rencontres locales ou nationales nous permettent d’échanger nos bonnes pratiques et trouver des solutions. Le changement climatique génère de très grandes contraintes", s’alarme l’ancien producteur de fromage de chèvre.
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