Elle est l'objet d'un véritable bras de fer. Elle, c'est Kaliningrad. Coincée entre la Pologne et la Lituanie, cette ville russe au calme trompeur est devenue, ces derniers jours, la nouvelle poudrière de l'Europe. Entourée par des pays de l’Otan, elle n'est reliée à Moscou que par une unique voie de chemin de fer. Or, le gouvernement lituanien a récemment décidé d'y appliquer les sanctions commerciales contre Moscou. "Ce sont les sanctions européennes qui ont commencé à fonctionner à partir du 17 juin", a confirmé la semaine dernière le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis. "Cela se fait en consultation avec la Commission européenne et conformément aux lignes directrices de la Commission européenne", a-t-il précisé.
Conséquence directe, les marchandises en acier et en métaux ferreux, le charbon et certains matériaux de construction ne sont "plus autorisées à transiter par la Lituanie". Pour ne rien arranger, les camions sont bloqués à la frontière. Tous les chargements sont inspectés. "Nous, on est des ouvriers. On ne comprend pas les politiciens. On va rester ici trois ou quatre jours dans notre cabine. C'est dommage", s'insurge un chauffeur au micro de TF1. Certains jours, la file d’attente s’étend sur plusieurs kilomètres.
Ces embouteillages sont particulièrement douloureux pour les usines de la région. Comme cette usine de béton, dont la cour d’habitude pleine de camions est déserte. Le ciment n’arrive plus, les silos sont vides."Toute la fabrication se passe ici. Vous avez ici les stocks de sable et, là, on produit le béton. Enfin, on produisait", explique à TF1 Igor Plechkov, directeur de Tomas Béton. Les livraisons ne sont plus possibles par la route. Son usine, déjà au ralenti depuis le mois de mars, est totalement à l’arrêt. "On va utiliser tous les moyens possibles pour contourner ces blocages avec les transports par bateaux ou par avions. Mais ça ne règle pas le problème...", se désole-t-il, appelant à "arrêter cette guerre" entre la Russie et l'Ukraine.
Si le blocus ne s'étend pas aux biens de consommation courante, la Russie a annoncé qu'elle "réagirait à de tels actes hostiles". "Des mesures appropriées sont en train d'être élaborées au niveau inter-ministériel et seront adoptées prochainement. Elles auront de sérieuses conséquences négatives pour la population de la Lituanie", a menacé Nikolaï Patrouchev, secrétaire du puissant Conseil de sécurité russe, lors d'une visite dans la région. Cette réaction s'explique par l'importance stratégique de ce port sur la Baltique pour la Russie. En plus d'une flotte lourdement armée, Moscou y stocke une partie de son arsenal nucléaire.
Les habitants, eux, craignent l'escalade entre la Lituanie et la Russie. "J'espère vraiment que ça n'ira pas plus loin, qu'il n'y aura pas de conflit avec la Lituanie. Ce serait une catastrophe pour nous et pour le monde entier", s'inquiète une femme dans le reportage en tête de cet article. "Nous avons beaucoup de forces militaires concentrées ici, alors on n'a pas peur de ce qu'il peut se passer", nuance un marin. En cas d'escalade, "on fera ce que Vladimir Poutine nous dira", fanfaronne-t-il.