En fait, l'âge adulte, ça consiste à prendre chaque jour des coups de vieux toujours plus violents. Le dernier en date, c'est le fait que L'Auberge espagnole est sorti il y a deux décennies. Le film de Cédric Klapisch a débarqué dans les salles françaises le 19 juin 2002. Pour se rendre compte d'à quel point le temps détruit tout, voici une comparaison qui vaut ce qu'elle vaut: parler de L'Auberge espagnole aujourd'hui, c'est comme si en 2002, on avait évoqué la vingtième bougie de Conan le Barbare, Pour cent briques t'as plus rien, Fitzcarraldo ou encore Le Père Noël est une ordure. Des films qui déjà à l'époque nous semblaient sentir un peu la naphtaline –ce qui n'a rien d'un jugement de valeur.
Bref, nous sommes vieilles et vieux, nous les trentenaires voire quadras qui sommes allés voir en salles cette comédie existentiello-européenne pour jeunes gens en mal de dépaysement, et qui avons –c'est en tout cas mon cas– usé le DVD du film pendant les années qui suivirent, sous le charme de ce film pop, facile à suivre, alliant soap opera, film de potes et récit d'initiation.
C'est d'ailleurs une réflexion qui traverse les films suivants de ce qui deviendra finalement une trilogie (peut-on parler de saga?): dans Les poupées russes puis Casse-tête chinois, le héros joué par Romain Duris se demande où sont passées ses plus belles années, comme diraient Kimberose et Grand Corps Malade –dont le premier album fêtera ses 20 ans dans quatre ans, autre coup de vieux.
Réponse: on ne sait pas. On a erré professionnellement, sentimentalement, géographiquement, on a parfois fait des gosses, et nous voilà ici et maintenant, à comprendre un peu tard qu'une vie, en réalité, c'est une somme d'errances. Et qu'il aurait sans doute été bien plus simple de la concevoir de cette façon dès le ...
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