Guerre en Ukraine : comment les prorusses ont détourné les propos d'une députée sur les viols d'enfants

LCI - 14/06
[VIDÉO] - Un délégué départemental du Rassemblement national a affirmé ce mardi que la médiatrice pour les droits de l'homme en Ukraine avait avoué avoir "inventé les viols d'enfants". Ce candidat aux élections législatives - battu en Mayenne - reprend là une théorie largement propagée sur les réseaux sociaux. Retour sur l'itinéraire d'une infox.

Un délégué départemental du Rassemblement national a affirmé ce mardi que la médiatrice pour les droits de l'homme en Ukraine avait avoué avoir "inventé les viols d'enfants".
Ce candidat aux élections législatives - battu en Mayenne - reprend là une théorie largement propagée sur les réseaux sociaux.
Retour sur l'itinéraire d'une infox.

Elle aurait dupé tous les médias occidentaux pour décrédibiliser Moscou. Plusieurs articles de blog et publications sur les réseaux sociaux affirment qu'une certaine Lyudmila Denisova aurait volontairement menti à propos des "viols d'enfants" commis en Ukraine par les troupes russes. Parmi ceux qui diffusent la rumeur, un ancien candidat du Rassemblement national aux élections législatives. Battu dès le premier tour en Mayenne, Jean-Michel Cadenas a assuré ce mardi 14 juin que cette ex-députée ukrainienne avait "inventé les viols d'enfants pour pousser à la guerre contre les Russes". Avant d'accuser différents médias - dont notre antenne - d'avoir "relayé l'info sans vérifier". Une critique qui semble se retourner contre lui.

Comme de nombreux médias, nous avons effectivement diffusé cette information le 26 avril dernier. Prenant toutes les précautions nécessaires, notamment avec l'usage du conditionnel, nous expliquions alors comment les journalistes du média britannique The Guardian avaient enquêté afin de montrer que "plusieurs centaines de femmes ukrainiennes auraient été violées par l'armée russe avant d'être tuées". 

Parmi les autres sources que nous citions, les recherches de cette fameuse Lyudmila Denisova. Chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien, elle avait alors documenté les cas de 25 femmes maintenues dans une cave et violées à Boutcha, au nord de Kiev.

Des "aveux" décontextualisés

Alors, cette femme est-elle revenue sur ses déclarations ? Absolument pas. Les publications relayées sur les réseaux sociaux francophones semblent s'appuyer sur différents articles de blogs. Le plus partagé est celui du "Média en 4-4-2". Site complotiste, dont l'auteur est proche de l'extrême droite Soralienne, il publiait ceci le 11 juin : "Lyudmila Denisova, médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine, avoue avoir menti sur les viols d'enfants par les Russes". Un titre parfois repris mot pour mot sur les réseaux sociaux. 

Sauf qu'en lisant l'article, on comprend que sa "révélation" est largement sur-interprétée. L'auteur s'appuie en fait sur un entretien de Lyudmila Denisova dans la presse ukrainienne. Dont il choisit une citation en particulier : "Lorsque j'ai pris la parole au parlement italien, à la commission des affaires internationales, j'ai entendu et vu une telle lassitude de l'Ukraine, vous comprenez ? J'ai parlé de choses terribles afin de les pousser d'une manière ou d'une autre, afin qu'ils prennent des décisions dont l'Ukraine et le peuple ukrainien ont besoin. Peut-être que j'y suis allé trop fort. Mais j'essayais d'atteindre l'objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie." Un passage qui ne dévoile finalement pas grand-chose. 

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En réalité, cet extrait a été volontairement isolé, afin de laisser penser à des aveux. En lisant la suite de l'entretien de cette ancienne médiatrice, on réalise que son témoignage est radicalement différent. Et l'auteur de "l'article" ne peut pas l'ignorer. De fait, dès le chapeau, le média ukrainien rappelle que Lyudmila Denisova réitère ses propos selon lesquels il existerait des déportations et de violences sexuelles en Ukraine. Et dans le reste de l'interview, les choses sont on ne peut plus claires. 

Si l'ex-députée reconnaît "parfois un vocabulaire très dur", elle affirme avoir "utilisé les mots suggérés par les victimes elles-mêmes". "J'ai dit mot pour mot aux médias ce que m'avaient dit les psyc...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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